Le vélo trouve de plus en plus sa place dans la mobilité quotidienne, selon l'Ademe
En progression continue depuis plus d'une décennie, la pratique du vélo s'inscrit de plus en plus dans la mobilité quotidienne des Français, avec une part des déplacements domicile-travail effectués à vélo qui augmente, surtout en milieu urbain, selon une nouvelle étude de l'Ademe publiée ce 28 avril.
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A l’occasion du lancement du challenge "Mai à vélo", l'Ademe a publié ce 28 avril une nouvelle étude sur l'impact socioéconomique des usages du vélo en France. Organisée en trois volets – l'évolution de la pratique, l'économie du vélo et les externalités liées à son usage -, elle vise à actualiser une évaluation réalisée en 2018-2020, soit avant la crise sanitaire du Covid 2019 qui a marqué un tournant majeur pour le vélo, et à quantifier les impacts directs et indirects de la pratique cyclable, en comparant la France à d'autres pays européens.
Côté pratique, l'étude note une forte progression en un peu plus d'une décennie avec un Français sur trois utilisant le vélo au moins une fois par mois en 2024 et 24% enfourchant leur vélo au moins une fois par semaine (contre 12% en 2012). D'un usage occasionnel, le vélo évolue donc progressivement vers un usage plus quotidien, souligne l'Ademe. La part des personnes qui font du vélo au moins une fois par mois en France métropolitaine reste cependant plus élevée dans les métropoles et les grandes villes (40%) que dans les zones rurales (30%).
Plus de déplacements domicile-travail à vélo
Si le vélo conserve un rôle important dans les activités de loisir, la part des déplacements domicile-travail effectués à vélo progresse aussi notablement sur l’ensemble du territoire, passant de 2,2% à 3,4% entre 2017 et 2022. A Paris, cette part a doublé (de 3,1% à 6,1%) et a aussi gagné deux points dans les métropoles et communautés urbaines (passant de 4 à 6,1%) tandis qu’elle se situe à 2,5% dans les communautés d’agglomération (contre 1,7% en 2017). En revanche, l'augmentation est plus modérée dans les communautés de communes (de 1,1% à 1,4%).
La montée en puissance de la pratique s’appuie également sur l’amélioration des infrastructures : les aménagements cyclables atteignent désormais 86.600 km en France (+14% depuis 2022) et les capacités de stationnement ont progressé de 44% en trois ans. "Ce développement du réseau sécurisé et de solutions pratiques près des pôles de mobilité facilite les déplacements quotidiens et renforce la confiance des usagers", souligne l'Ademe.
Economie du vélo : 64.000 équivalents temps plein en France
"L’économie du vélo constitue aujourd’hui un secteur structurant pour les territoires, mobilisant environ 64.000 équivalents temps plein à travers la production, la distribution, la réparation, les services, le tourisme et la cyclologistique", poursuit l'Agence. La restructuration de la filière est portée notamment par la montée en puissance du vélo électrique et la diversification des activités et services. "Si la production industrielle connaît actuellement un repli, le marché reste dynamique : la vente de vélos neufs, pièces et accessoires atteint 3,1 milliards d’euros en 2024, dont 58% liés aux VAE (vélos à assistance électrique)", constate l'Ademe. Elle rappelle que l’appel à projets France 2030 "Industrie du vélo", opéré par ses soins, a permis de soutenir l’innovation et les capacités de production nationales pour accompagner la croissance du VAE. Les 38 bénéficiaires retenus ont reçu 31 millions d’euros d’aides, permettant, par exemple, de relocaliser en France une production annuelle de 520.000 cadres et 315.000 moteurs à horizon 2030.
L'étude de l'Ademe souligne aussi la croissance marquée de la location publique de vélos, en hausse de plus de 7% par rapport à 2020. En 2023, on recensait 74 collectivités françaises proposant la location d’un total de 45.500 vélos en libre-service (VLS), avec un chiffre d’affaires global estimé du secteur de 101 millions d’euros. Les dispositifs de vélos en location longue durée (VLD) connaissent eux aussi un fort développement avec plus de 217 services recensés en 2023 en France métropolitaine déployant 87.500 vélos. Le service public de location VLD, dont le chiffre d’affaires est estimé à 66,50 millions d’euros, est prioritairement développé par les grandes collectivités, mais il suscite également un intérêt marqué parmi les villes de taille moyenne, davantage que les services de VLS, note l'étude.
Cette trajectoire s'est encore accélérée récemment avec 411 services publics de location de vélos recensés en 2025. La croissance actuelle est portée majoritairement par la location longue durée, qui représente 75% de l'offre, et s'appuie sur une implication accrue des intercommunalités et des régions, indique l'Ademe.
L'essor du tourisme à vélo, qui englobe un écosystème varié d’acteurs (collectivités, agences, associations, entreprises privées et d’activités allant de la location et la réparation de vélos aux services d’accueil, d’encadrement et d’information) suscite aussi des retombées économiques importantes pour les territoires – plus de 144 millions d'euros dans les seules régions du Grand Est, de la Normandie et de la Bretagne, relève l'étude.
Hausse des dépenses vélo des ménages et des collectivités
Parallèlement, les dépenses vélo des ménages et des collectivités augmentent, signe de l’intégration croissante du vélo dans les mobilités du quotidien, estime l'Ademe. Celles des cyclistes ont atteint 3,29 milliards d’euros en 2024, soit 187 euros par an et par vélo, pour un parc estimé à 17,62 millions d'unités. Les collectivités ont de leur côté dépensé 1,03 milliard d'euros par an dans le vélo (aménagements cyclables, aides à l'achat, soutien aux ateliers de réparation…), soit une dépense publique d'environ 58 euros par vélo. Les dépenses vélo restent toutefois très inférieures à celles consacrées à l’automobile. Celles-ci sont 32 fois plus élevées pour les ménages et douze fois plus importantes pour la puissance publique.
Externalités positives
L’usage croissant du vélo génère aussi des bénéfices importants en termes d'attractivité des territoires, souligne l'Ademe. Il n’émet ni gaz à effet de serre ni polluants, contribuant à améliorer la qualité de l’air et à réduire les émissions liées aux déplacements. Il permet aussi d’atténuer le bruit urbain en se substituant en partie à des trajets motorisés et il constitue "un complément efficace aux transports collectifs en facilitant les trajets d'accès ou de rabattement vers les gares et arrêts, ce qui peut accroître la portée et l'attractivité des réseaux, notamment dans les zones périurbaines", observe l'Ademe. L’usage du vélo présente aussi un impact quasi nul sur l’artificialisation des sols, les infrastructures nécessaires — pistes, bandes cyclables ou stationnements — mobilisant des surfaces limitées et souvent intégrées à l’espace public existant, fait valoir l'étude, qui estime entre 0,2% et 0,6% les surfaces artificialisées par les aménagements cyclables en France d’ici 2030. Par ailleurs, "les aménagements cyclables offrent un potentiel mesurable de végétalisation, notamment lors de la requalification d’axes routiers ou de parkings automobiles, et peuvent, dans certains cas, contribuer à des processus de désartificialisation en réduisant la place consacrée aux surfaces imperméables dédiées à la voiture", ajoute-t-elle.
Les bénéfices pour les individus sont eux aussi non négligeables, notamment sur la santé, constate l'Ademe. En 2019, la pratique du vélo aurait permis d’éviter 1.919 décès prématurés et près de 6.000 maladies chroniques, grâce aux effets protecteurs de l’activité physique, générant un gain net estimé entre 3 et 14 mois d’espérance de vie.