L'idée d'un "chèque alimentaire" pour les victimes de la crise fait son chemin

"Chèque alimentaire" ou "sécurité sociale alimentaire" ? Face aux risques de "pandémie de la faim" chez les plus pauvres, le gouvernement planche sur un système d'aide qui permettrait à la fois aux plus modestes de manger des produits sains, et aux agriculteurs de vivre.

"Il y a une inégalité alimentaire dans notre pays, ça veut dire qu'on n'a pas tous accès aux mêmes produits et face à cette inégalité alimentaire, comment on fait pour accompagner ?", s'est interrogé ce vendredi 12 février sur BFM Business le ministre de l'Agriculture et de l'Alimentation, Julien Denormandie. Et le ministre de rappeler "l'engagement du président de la République de mettre en place" des "chèques alimentation", comme il l'avait annoncé le 14 décembre devant la Convention citoyenne pour le climat à l'origine de la proposition (voir notre article du 15 décembre).

"Le projet se précise, on sent que le gouvernement veut aller assez vite", a confirmé à l'AFP Yannick Fialip, responsable du dossier à la FNSEA, la première organisation d'agriculteurs. Pour les agriculteurs, consultés par les pouvoirs publics, et interrogés par l'AFP, toute aide sociale nourricière devrait impérativement aider aussi les producteurs en difficulté, plutôt que de baisser les prix alimentaires comme le réclame la grande distribution. La FNSEA propose une "carte à puce" ou un "chèque" distribué par les centres communaux d'action sociale (CCAS) permettant de dépenser 5 euros par jour dans des magasins de producteurs, des marchés locaux et dans les rayons de produits régionaux des supermarchés, pour des produits de base. "C'est de l'argent public, il ne faut pas le dépenser pour acheter des produits importés, le but serait de développer des filières locales pour aider ces populations-là", dit-il.

Ce type de proposition, sur le modèle des "food stamps" américains, n'avait jusqu'à présent pas l'aval de Bercy. Selon Les Echos, le gouvernement évalue désormais plusieurs projets, dont un proposé par le ministère de l'Agriculture et un plus modeste venant de Bercy, d'un budget allant de 200 millions à 4 milliards d'euros.

Une solution qui "ne convient pas" à la Confédération paysanne, car "elle encourage l'agriculture industrielle", dit son porte-parole Nicolas Girod à l'AFP.  "Notre idée, c'est la création d'une branche de la sécurité sociale garantissant un accès universel à l'alimentation - produits locaux, restauration collective". Le syndicat prône aussi la création de "caisses locales d'alimentation".

Le président du Modef (Mouvement de défense des exploitants familiaux), Pierre Thomas, choqué par le dénuement des étudiants, suggère pour sa part "d'abord de lutter contre le gaspillage" en "récupérant tous les produits jetés qui ne correspondent pas aux normes". "Il faut réorganiser complètement les circuits, les relocaliser, régionaliser", plaide-t-il, et surtout "arrêter de baisser les prix" de la nourriture au nom de la lutte contre la vie chère.

"Nous ne sommes pas vraiment pour le don des excédents aux associations, car nous voulons que nos paysans vivent dignement, la nourriture ce n'est pas la gratuité, et l'agroindustrie défiscalise à tour de bras en donnant sa malbouffe aux associations, alors que les populations défavorisées ont besoin d'alimentation de qualité", complète Evelyne Boulongne, porte-parole du mouvement inter-régional des Amap Miramap. Pour elle, la solution passe par "beaucoup de petites épiceries sociales locales en lien avec un ou deux agriculteurs".

De fait, le coeur du travail va consister à "dire en gros quelles sont les personnes qui seront bénéficiaires et quels sont les produits qu'on pourra acheter avec", a résumé Julien Denormandie. 

Lors du premier confinement en mars, les paysans avaient multiplié les distributions solidaires. Des opérations qui ont aussi permis d'écouler des excédents de fromages, de fruits ou de légumes restés sans débouchés après la fermeture des restaurants et des marchés de plein air. Mais depuis l'automne l'amplification de la crise sociale oblige à changer de braquet.

Le Secours Populaire a recensé en 2020 une hausse de 45% des demandes d'aide alimentaire par rapport à 2019, tandis que les Restos du Coeur prévoient d'accueillir plus d'un million de personnes cet hiver, contre 875.000 en 2019-2020. Vincent Destival, délégué général du Secours Catholique, estime à 8 millions le nombre de personnes ayant besoin de l'aide alimentaire pour vivre, contre 5 en 2018. La Fondation Abbé-Pierre avance le même chiffre dans son rapport annuel présenté début février (voir notre article).

 

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