Participation, lettre de Lecornu, députés élus… quelques échos post-deuxième tour
Dans le sillage du deuxième tour des élections municipales (voir notre article sur les grandes lignes des résultats du scrutin), le Premier ministre a adressé une "lettre aux maires" dans laquelle il évoque les sujets de "terrain" que le gouvernement entend faire avancer "dans les prochaines semaines". On en sait par ailleurs un peu plus sur le taux de participation de dimanche, sur le nombre de femmes élues à la tête des grandes villes ou encore sur les députés qui devraient quitter l'Assemblée pour un fauteuil de maire.
© Fred MARVAUX / REA
Une participation restée historiquement faible
La participation au second tour des élections municipales ce 22 mars a été de 57,43%, restant, comme au premier tour, la plus faible de la Ve République, exception faite du scrutin de 2020 en pleine pandémie de Covid, selon l'analyse par l'AFP des données complètes du ministère de l'Intérieur. Ce taux inclut le nombre de votants en Polynésie française, publié ce lundi à la mi-journée. Au premier tour, 57,17% des électeurs inscrits s'étaient rendus aux urnes (voir notre article).
En 2020, le second tour n'avait attiré dans l'isoloir que 41,86% des électeurs inscrits. Mais en dehors de ce scrutin pas comme les autres, jamais la participation à un second tour des municipales n'était descendue en dessous de 62,13%, taux enregistré en 2014. La participation 2026 se situe 11 points sous la moyenne de participation à un second tour d'élections municipales du début de la Ve République en 1959 à 2020 (68,36%).
Dans les villes de plus de 100.000 habitants, l'électorat s'est encore un peu moins mobilisé qu'à l'échelle nationale avec un taux de participation de 56,50%.
Le département avec la plus forte participation au second tour est le Cantal avec 78,85%. En sachant que seules six communes du département étaient concernées par ce second tour. Et c'est dans l'Aube que les électeurs se sont le moins déplacés (47,84%, avec sept communes concernées).
Sébastien Lecornu écrit aux nouveaux élus
Dans une "lettre aux maires de France" diffusée ce lundi 23 mars, le Premier ministre pointe justement "une participation trop faible". Mais aussi "une campagne souvent dure, parfois marquée par des excès qui n’ont pas leur place dans notre vie démocratique" et "des choix parfois contrastés qui nous imposent une chose simple - agir concrètement, au plus près du terrain". "Au global, les urnes n’ont sacré personne - elles obligent donc chacun à prendre ses responsabilités et à agir, sans attendre les prochaines échéances électorales", poursuit-il.
Sébastien Lecornu affirme par ailleurs aux maires que le gouvernement entend "partir de ce qu'[ils ont] entendu sur le terrain pour fixer ses priorités dans les prochaines semaines". Selon lui, la "première attente" est celle de la sécurité. D'où le projet de loi Sécurité du quotidien devant être présenté dès cette semaine, "visant à apporter des réponses immédiates aux troubles qui affectent l’ordre public, la tranquillité et la vie quotidienne de nos communes, dans les zones urbaines comme dans les régions rurales". D'où aussi la poursuite de l'examen du projet de loi Polices municipales qui, sou ligne le chef du gouvernement, a été "construit avec les associations d’élus".
Autre exigence que les élus locaux auraient exprimée : "la diminution des normes et des procédures qui encadrent les initiatives des acteurs locaux". Est ici visé le projet de loi de simplification des collectivités attendu d'ici peu (voir notre article sur le projet de texte et ce qu'en disent les associations d'élus locaux). Le courrier mentionne aussi la réforme de "l'organisation de l'État local" avec renforcement du rôle du préfet et clarification de "la répartition des responsabilités et des compétences entre l’État et les collectivité". Là encore, l’objectif est simple : décider plus vite, agir plus efficacement, assumer les responsabilités.
Sébastien Lecornu met également l'accent sur le déploiement de France Santé, dispositif qui "doit s’adapter aux difficultés de chaque commune" et indique qu'une "réforme des agences régionales de santé (ARS) sera annoncée dans les tous prochains jours pour renforcer leur proximité sur le terrain".
Enfin, la problématique du logement est évoquée, avec le plan "Relance logement" et la concertation en cours sur le projet de loi devant permettre "la décentralisation de la politique du logement pour transférer plus de compétences" aux maires.
Dans sept communes, égalité des votes
Deux listes sont arrivées en tête avec une égalité des votes dans sept petites communes au second tour des municipales, la victoire allant à celle dont la moyenne d'âge est la plus élevée, conformément au code électoral.
À Val-de-Scie (Seine-Maritime), où trois listes concouraient au second tour, celle conduite par le maire sortant Christian Suronne et celle conduite par Adèle Bourgis ont recueilli 47,35% des suffrages exprimés, avec 642 voix chacune. La troisième liste a recueilli 5,31%, avec 72 voix. À l'issue d'un calcul complexe, la liste conduite par Christian Suronne, dont la moyenne d’âge est de 57 ans, détient 21 sièges, contre six pour la liste de Adèle Bourgis, (48 ans de moyenne d'âge), selon la préfecture de Seine-Maritime.
Trois listes étaient également en lice à Trémouille-Saint-Loup (Puy-de-Dôme), où celles conduites par Bruno Eyzat et Julien Moncourier ont recueilli chacune 42,36% des suffrages exprimés, avec 61 voix chacune. La troisième liste a eu 15,28%, avec 22 voix.
Dans les autres communes, seules deux listes étaient en lice au second tour et ont chacune recueilli 50% des suffrages exprimés. Ainsi à Plouasne (Côtes-d'Armor), celle conduite par Michel Daugan et celle d'Élisabeth Bordeau ont chacune recueilli 514 voix chacune. À Barzan (Charentes-Maritimes), les listes de Robert Maigre et Christine Pugnet ont eu chacune 147 voix. À Versigny (Aisne), les listes de Nathalie Jonneau et Nathalie Carlier ont recueilli 126 voix chacune.
Dans deux communes, il y avait déjà égalité des voix au premier tour. À Romazières (Charentes-Maritimes), les listes conduites par Pierre-Bastien Montigny et Sylvette Geoffroy ont recueilli 29 voix chacune, après 28 le 15 mars. À Seignalens, dans l'Aude, les listes de Julia Thompson et Claudine Cavicchiolo ont cette fois recueilli 16 voix chacune (15 au premier tour).
Les femmes restent sous-représentées à la tête des grandes villes
Seulement huit mairies, sur les 42 qui comptent plus de 100.000 habitants, seront dirigées par des femmes à l'issue du second tour des élections municipales, un recul par rapport à 2020 (11). Parmi elles, six ont été réélues ce dimanche telles la socialiste Nathalie Appéré à Rennes, la candidate divers droite Josée Massi à Toulon, ou encore Nathalie Koenders (PS) à Dijon. Laurence Ruffin (union de la gauche et des écologistes) bat Alain Carignon (LR) à Grenoble, et Catherine Trautmann (PS), qui avait cependant déjà été maire de Strasbourg à deux reprises, gagne la mairie de cette ville.
Trois mairies, jusqu'à lors dirigées par des femmes, ont désormais un homme à leur tête. À Paris, Emmanuel Grégoire (PS) remplace la maire sortante Anne Hidalgo (PS), après sa victoire contre la candidate LR Rachida Dati. Le candidat Ludovic Fagaut (LR) à quant à lui détrôné la maire sortante écologiste à Besançon. Enfin, à Mulhouse, le candidat indépendant Frédéric Marquet l'emporte face à la sortante divers droite Michèle Lutz.
Sur les dix plus grandes villes de France, seulement deux ont été remportées par des femmes : à Nantes, la socialiste Johanna Rolland entame un troisième mandat, et Catherine Trautmann est élue à Strasbourg. Ce chiffre est aussi en net recul. En 2020, la moitié des dix plus grandes métropoles avaient élu des femmes à leur tête. Outre Anne Hidalgo à Paris, Jeanne Barseghian à Strasbourg et Johanna Rolland à Nantes, la socialiste Martine Aubry était élue maire de Lille. Suite à son départ, elle avait choisi Arnaud Deslandes pour lui succéder en 2025. De son côté, l'écologiste Michèle Rubirola remportait la mairie de Marseille, avant de la céder six mois plus tard à Benoît Payan, son premier adjoint, pour raisons de santé.
Toutes tailles de communes confondues, "il y avait 25% de femmes têtes de liste, et 75% d'hommes", constate Sandrine Lévêque, professeure d'université à Sciences Po-Lille et co-autrice de Femmes en politique, interviexée par l'AFP, poursuivant : "Au final, le nombre de maires femmes élues a très légèrement augmenté comparé à 2020, d'un peu plus d'un point". Selon elle, "il y a eu énormément de progrès en matière de parité quantitative mais on arrive à un palier en terme de parité qualitative. Conseillère municipale, oui, mais maire, c'est toujours non. Quels que soient les dispositifs que l'on puisse mettre en place, on n'y arrive pas."
De l'Assemblée à la mairie
Une quarantaine de députés ont remporté dimanche les élections comme têtes de liste et la majorité d'entre eux devraient choisir de quitter l'Assemblée nationale pour occuper le fauteuil de maire.
Ils étaient 104 candidats chefs de file (hors arrondissements). Selon un décompte de l'AFP, 38 députés ont gagné leur pari sur 104 candidats chefs de file
Ces élus devront renoncer à l'un de leurs mandats sous trente jours. Ceux qui quitteront l'Assemblée seront remplacés par leurs suppléants ou, si le suppléant ne veut ou ne peut pas siéger, par un nouveau député élu lors d'une législative partielle. Une minorité d'entre eux devraient choisir de rester à l'Assemblée et laisser un colistier gérer la mairie. En 2020, 19 députés avaient renoncé à leur mandat pour devenir maire.
Côté LFI, 4 parlementaires sur 17 candidats devraient quitter la chambre basse : Idir Boumertit et Abdelkader Lahmar à Vénissieux et Vaulx-en-Velin (métropole de Lyon). Aly Diouara (La Courneuve, Seine-Saint-Denis) et David Guiraud (Roubaix, Nord) s'en vont aussi.
Le groupe PS a placé 3 députés sur 12 candidats, dont Emmanuel Grégoire à Paris mais aussi Julien Gokel à Cappelle-la-Grande (Nord) et Stéphane Hablot à Vandoeuvre-lès-Nancy (Meurthe-et-Moselle). Ce dernier a choisi de rester député.
Le groupe écologiste a vu ses trois députés-candidats échouer à prendre une mairie, à l'instar du groupe communiste et ultramarin (aucun élu sur quatre candidatures).
Quant aux indépendants de Liot, qui réunissent des élus issus de droite, de gauche et des ultramarins, ils voient l'un de leurs porte-parole, Harold Huwart, élu à Nogent-le-Rotrou (Eure-et-Loir).
Du changement est attendu à la tête du groupe Horizons, parti d'Édouard Philippe (trois maires élus sur cinq candidats). Son président, Paul Christophe, a choisi de retourner dans sa mairie de Zuydcoote (Nord) et son successeur devrait être nommé en interne d'ici la semaine prochaine. À l'inverse, son collègue Michel Criaud, élu à Muzillac (Morbihan) et suppléant de la ministre Anne Le Hénanff, n'a pas brigué la tête du conseil municipal et restera donc député.
Le groupe MoDem a lui vu 4 députés-candidats sur 5 être élus et devra faire sans certains cadres comme Philippe Vigier, en partance pour Châteaudun (Eure-et-Loir), ou Olivier Falorni, qui devrait troquer sa casquette de rapporteur général sur la loi fin de vie pour celle de maire de La Rochelle.
Au groupe macroniste Ensemble pour la République (quatre élus sur dix candidats), on s'apprête à voir partir les anciens ministres de Bercy, Antoine Armand (Annecy) et Thomas Cazenave (Bordeaux). Tout comme l'ancien ministre et "monsieur élections" du parti Renaissance Franck Riester, élu à Coulommiers (Seine-et-Marne).
Le groupe Droite républicaine de Laurent Wauquiez (LR) fait un 8 sur 8. L'ancienne ministre Véronique Louwagie ira notamment à L'Aigle, dans l'Orne. Fabien Di Filippo ira à Sarrebourg en Moselle, ce qui pourrait théoriquement provoquer une législative partielle car son suppléant a lui aussi été élu maire. En revanche la questeure Michèle Tabarot, élue au Cannet (Alpes-Maritimes), et le rapporteur général du Budget de l'État, Philippe Juvin, élu à La Garenne-Colombes (Hauts-de-Seine), resteront à leurs postes stratégiques, car des colistiers ont pris la tête du conseil municipal.
Le groupe Rassemblement national de Marine Le Pen avait envoyé un large contingent de 35 députés-candidats, pour 8 élus au final. Une stratégie qui a payé dans plusieurs villes comme pour Christophe Barthès à Carcassonne, Alexandra Masson à Menton (Alpes-Maritimes), ou Hervé de Lépinau à Carpentras (Vaucluse), mais qui n'a pas fonctionné à Toulon par exemple, visée par Laure Lavalette. Son allié du groupe l'UDR prend en revanche deux villes, et surtout Nice, remportée par le chef des députés Éric Ciotti. Il devra donc lui aussi être remplacé en interne à ce poste-clé à l'Assemblée.
Et côté Sénat ? Selon un décompte réalisé par AEF info, seuls 11 sénateurs étaient tête de liste aux municipales, parmi lesquels 5 ont été élus. Il s'agit de Jean-Michel Arnaud (Centre, élu à Tallard), Jean-Marc Delia (LR, Saint-Vallier-de-Thiey), Véronique Guillotin (RDSE, Villerupt), Patricia Demas (LR, Gilette) et Fabien Genet (SE, Digoin).