Pour les maires ruraux, la ruralité est davantage en "transition" qu'en "crise"

À l’exception notable de certaines régions (Centre-Val de Loire, Nouvelle-Aquitaine et Occitanie), les maires ruraux ont une vision plutôt positive du potentiel de développement de leur territoire, selon les résultats d’une consultation menée par le Sénat. Mais la "transition" appelle une politique d’aménagement du territoire digne de ce nom.

Deux tiers des élus ruraux considèrent que leur territoire est davantage en "transition" qu’en "crise". C’est ce qui ressort de la consultation lancée par le Sénat au moins de novembre, dans le cadre de la mission d'information relative à "la contribution des collectivités territoriales au développement des territoires ruraux à l'ère des transitions". 19% estiment même leur territoire porteur d’innovation. Sur le tiers qui se considèrent en crise, les sénateurs relèvent des "points de vigilance" dans le Centre-Val de Loire, la Nouvelle-Aquitaine et l'Occitanie où les pourcentages sont "significativement au-dessus de la moyenne" (entre 40 et 46%), a alerté Laurent Burgoa (Gard, LR), corapporteur de la mission, lors de la présentation de ces résultats, jeudi 2 avril. "Il est intéressant de noter que les régions qui s'estiment davantage en crise (…) sont celles qui mettent le plus en avant l'atout du foncier disponible", constate le sénateur. "Ce qui souligne la nécessité d'accompagner ces territoires dans leur potentialité de développement économique et industriel", insiste-t-il.

D’ailleurs, c’est un paradoxe révélé par cette consultation : seuls 9% des élus ruraux considèrent l’industrie comme un levier de leur transition, loin derrière l’agriculture (62%), le lien social (55%), les services à la personne (48%), la culture (23%), les services publics (22%) et l’économie (21%). Ce qui implique, selon Franck Montaugé, autre corapporteur (Gers, PS), de "mobiliser les territoires ruraux dans les politiques d'industrialisation ou de réindustrialisation qui peuvent leur être bénéfiques".

Freins au développement

La consultation a également permis de faire remonter les "freins" au développement identifiés par les élus : manque de financement, en particulier pour les petites communes (où l’optimisme est le moins partagé), complexité administrative, opposition locale aux projets, manque de soutien de l’État… Seuls 24% des élus considèrent qu’ils peuvent compter sur l’État central et à peine 18% sur le préfet ou 11% sur l’Agence nationale de cohésion des territoires (ANCT). Le regard sur les collectivités d’échelon supérieur est légèrement meilleur : 35% des maires pensent pouvoir s’appuyer sur leur intercommunalité, 33% sur le département et 28% sur la région. "Comment évolueront ces chiffres dans le contexte budgétaire national actuel et ses conséquences sur les budgets des collectivités territoriales ?", interroge Franck Montaugé. La consultation fait ressortir le sentiment d’isolement des élus : 80% déclarent ne bénéficier d’aucun accompagnement en matière de prospective territoriale. En revanche, "là où l'accompagnement existe, par exemple avec les programmes de l'ANCT comme Petite Ville de demain ou Villages d'avenir (…), les résultats peuvent être probants", affirme le sénateur.

Besoin d'aménagement du territoire

Pour débloquer le potentiel de développement de leur territoire, les élus appellent à "sanctuariser les financements" (création d’un fonds national de rénovation des infrastructures rurales, subventions stables pour les projets de transition et pérennisation du fonds vert), à "simplifier les procédures" et à "restaurer les services publics". Ils réclament aussi davantage de pouvoir en matière d’urbanisme et plus d’autonomie énergétique, avec un objectif de 70% d’indépendance d’ici 2030 pour les communes isolées. "Aucun des défis auxquels est confrontée notre société (environnementaux, démographiques, cohésion sociale, souveraineté alimentaire, souveraineté industrielle…) ne pourra être relevé sans l'espace rural", a commenté Bernard Delcros (Cantal, Union centriste), le président de la délégation aux collectivités territoriales et à la décentralisation, à la lecture de ces résultats. Ce qui, selon lui, replace la question de l’aménagement du territoire au centre des attentes. "On manque de vision d'aménagement du territoire dans les décisions qui sont prises en matière de carte scolaire", a-t-il pris pour exemple. Dans son rapport annuel consacré à la cohésion territoriale, la Cour des comptes tire la même conclusion (lire notre article du 25 mars 2026). Le gouvernement a aussi entre ses mains le rapport de l'ex-ministre Dominique Faure (lire notre article du 2 février 2026). Il n'y a plus qu'à.

 

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