Crise de l'énergie : pas de mesure pour les transports, et autres secteurs, à ce stade
Au grand dam des acteurs du transport réunis ce 17 mars à l'hôtel Roquelaure, aucune mesure de soutien n'est prévue à ce stade pour les grands consommateurs de gazole. Le gouvernement fait valoir que la situation n'a rien de comparable avec celle traversée en 2022, en soulignant notamment que le mix énergétique décarboné français protège les factures d'électricité des Français – à défaut de contenir celles à la pompe. La pression continue pour autant de monter, singulièrement sur le front européen.
© @PhilippeTabarot/ Maud Bregeon et Philippe Tabarot
"On n'a pas beaucoup de bonnes nouvelles à apporter durant cette crise", a concédé, ce 17 mars, la ministre de l'Énergie, Maud Bregeon, à la sortie d'une réunion qu'elle venait de tenir, aux côtés de son collègue des Transports, Philippe Tabarot, avec les acteurs du transport terrestre sur les impacts de la crise au Moyen-Orient.
Pas de mesure concrète…
Aucune mesure concrète n'a ainsi été annoncée à l'issue de ce rendez-vous, au grand dam des acteurs présents. "C'est une grosse déception, on ne nous a rien proposé", a déploré auprès de l'AFP Florence Berthelot, déléguée générale de la Fédération nationale des transports routiers (FNTR), alors que "certaines entreprises sont déjà prêtes à mettre la clé sous la porte", prévient-elle. Une situation qui touche également de plein fouet, parmi d'autres, les agriculteurs et les pêcheurs, grands consommateurs de gazole (lire notre entretien avec Daniel Cueff). "Si la situation se poursuit, de nombreux navires pourraient être contraints d'arrêter leur activité, ce qui aurait de graves conséquences pour l'emploi dans les communautés côtières et pour l'approvisionnement en fruits de mer sur le marché européen", alertait le même jour la présidente de la commission Pêche du Parlement européen, Carmen Crespo Diaz. Et cette dernière d'inviter la Commission à "activer rapidement les mécanismes de soutien d'urgence – comme le cadre temporaire de crise et de transition – similaires à ceux utilisés pendant la crise énergétique de 2022".
… mais des "propositions d'avancées" dans les jours à venir
À Paris, Maud Bregeon a seulement assuré que le gouvernement reviendrait vers les acteurs du transport "dans les jours à venir avec des propositions d'avancées concrètes" pour trouver des solutions à leurs problèmes "de trésorerie, d'encours, de délais de paiement…". "Nous avons probablement des leviers", a-t-elle précisé, en mentionnant le comité de suivi des impayés mis en place par le médiateur des entreprises pendant la crise du Covid "pour faire ce rôle de relancer des entreprises, mais aussi des collectivités territoriales" (lire notre article du 18 septembre 2024).
Tension chez les 27
La ministre a par ailleurs tenté de minimiser la crise, la jugeant "sans commune mesure" avec celle de 2022 : "Nous avons des stocks, nous avons diversifié nos approvisionnements, nous avons un parc nucléaire qui tourne à plein, qui protège les factures d'électricité des Français, et nous sommes beaucoup moins dépendants du prix du gaz", insiste-t-elle. Et ce, notamment grâce à la réforme du marché européen de l'électricité adoptée en 2024 qui a mis à disposition de nouveaux outils – contrats de long terme, redistribution de la rente inframarginale – dont la France, qui les portait, s'est saisie, relève-t-on au ministère.
Ce qui n'est pas le cas de tous nos partenaires européens, "qui n'ont pas la chance d'avoir un mix électrique aussi décarboné que le nôtre, qui n'ont peut-être pas aussi investi ces dernières années pour garantir une stratégie énergétique viable", observe-t-on encore à Roquelaure, où l'on se plaît à souligner que "la France a beaucoup d'avance grâce à son parc nucléaire".
Plusieurs États membres touchés de plein fouet par la crise énergétique pèsent ainsi pour assouplir – si ce n'est plus – le marché de l'électricité d'une part, et le marché carbone d'autre part, par ailleurs de plus en plus contesté (lire notre article). Ce sera l'un des – nombreux – enjeux du Conseil européen de ces deux prochains jours. Des évolutions auxquelles la France entend bien s'opposer, soucieuse "d'éviter d'encourager un ressaut des fossiles" et désireuse de "valoriser ses investissements dans la décarbonation", indique l'Élysée. Une nécessité, à l'heure où le besoin d'électrification des usages se fait par ailleurs plus que jamais impératif.