Une industrie de la drogue toujours plus innovante, agile et… dangereuse dans l'UE
Le rapport 2026 sur les drogues dans l'UE met en lumière la diversification des substances mises sur le marché, mais aussi des chaines d'approvisionnement utilisées par des trafiquants dépeints comme particulièrement agiles… et violents.
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La Commission européenne et l'Agence européenne des drogues viennent de publier leur rapport annuel sur la situation de l'UE face aux drogues, qui ne réjouira guère, avec pour maître-mot "diversification".
Diversification des substances…
Diversification des substances d'abord, déjà mise en lumière en France par le SSMSI ou le précédent rapport de l'UE. À commencer par le cannabis, qu'environ 15,4 millions de jeunes adultes de l'UE auraient consommé l'an passé. L'élargissement de la gamme de produits à base de cannabis disponibles inquiète particulièrement, d'autant plus compte tenu de la "forte puissance" de certains d'entre eux, notamment en provenance de l'Amérique du Nord – où la surproduction fait baisser les prix –, par ailleurs contaminés "par des pesticides potentiellement dangereux".
L'innovation est également soutenue dans l'élaboration des drogues de synthèse : amphétamine, méthamphétamine, MDMA ou autres cathinones de synthèse, lesquelles "se sont implantées dans certaines parties de l'Europe comme des alternatives abordables aux stimulants illicites tels que l'amphétamine et la cocaïne".
Pour autant, la "blanche" continue d'étendre son empire "dans de nombreuses villes d'Europe", alors que sa production en Amérique du Sud atteint un niveau record. Elle reste l'une des drogues les plus répandues en Europe, observe le rapport qui en veut pour preuve "l'analyse des eaux usées municipales qui indique une distribution géographique et sociale de plus en plus large".
S'y ajoutent encore les opioïdes, généralement combinés avec d'autres substances, qui "restent le groupe le plus impliqué dans les décès dus à la drogue" (lesquels sont évalués à au moins 7.600 en 2024), et qui est lui aussi stimulé par "l'apparition continue de nouveaux opioïdes de synthèse, souvent très puissants". Parmi eux, le fentanyl, dont la propagation reste pour l'heure circonscrite à "un nombre restreint de pays", observe le rapport. Il faut encore compter avec les usages détournés de la kétamine, médicament "de plus en plus disponible en Europe".
L'héroïne reste par ailleurs stable, les stocks importants en Afghanistan et la montée en puissance de la production au Pakistan et en Birmanie éloignant des perspectives de pénurie à court et moyen terme.
Autre source de préoccupation, l'utilisation croissante des "cigarettes électroniques" pour s'administrer certaines de ces substances, comme les cannabinoïdes de synthèse, voire des opioïdes. Des vapoteurs utilisés par ailleurs de plus en plus précocement – dès 13 ans, voire moins, dans une proportion "significative" de cas –, ce qui fait redouter "une dépendance à long terme".
… des zones de production, de la logistique…
Diversification des zones de production ensuite. Si l'Amérique du Sud, l'Asie de l'Ouest et du Sud et l'Afrique du Nord demeurent les principales sources de cocaïne, d'héroïne et de résine de cannabis, le rapport souligne la place prise par les États-Unis et le Canada pour les produits liés au cannabis, alors que la Chine et l'Inde sont d'importants pourvoyeurs des nouvelles substances psychoactives (cathinones et kétamine en Inde, précurseurs chimiques de drogue en Chine). L'Europe restant par ailleurs une "région de production importante", notamment de cannabis, produit "près des consommateurs".
Diversification de la logistique encore, le rapport relevant "l'agilité" avec laquelle les trafiquants s'adaptent aux mesures prises pour lutter contre le trafic, diversifiant leurs itinéraires, leurs moyens de transport et leurs techniques de dissimulation. Le rapport relève ainsi que, face au renforcement des mesures prises dans les grands ports européens, les trafiquants se tournent désormais davantage vers des ports de plus petite taille ou vers l'usage de vedettes, de navires de plaisance, de navires semi-submersibles, de ballots géolocalisés largués en pleine mer ou de drones, créant ainsi "une cible plus imprévisible, fragmentée et gourmande en ressources pour les forces de l'ordre et les douanes". Ainsi, si le rapport souligne que le volume de cocaïne intercepté a diminué de plus de 20% en 2024, il estime que l'augmentation du nombre de saisies (97.000 en 2024) suggère des expéditions plus petites et fragmentées.
… et de la violence
Enfin, autre diversification jugée particulièrement préoccupante, celle de la violence, externalisée aux plus jeunes. D'autant plus que "les groupes criminels organisés [y] recourent plus fréquemment".