Zero Waste France constate le "faux départ" du dispositif de consigne pour réemploi ReUse, porté par Citeo

Au terme d'une enquête conduite sur le terrain dans près d'un quart des magasins participant au dispositif ReUse de consigne pour réemploi porté par l'éco-organisme Citeo, l'association Zero Waste France estime que les résultats ne sont pas à la hauteur des objectifs fixés. Elle déplore le manque d'investissement des metteurs en marché, avec une offre trop limitée et insuffisamment standardisée des distributeurs et de Citeo. Elle invite en conséquence le ministère de la Transition écologique à reprendre la main. 

Choc des calendriers. Alors que le gouvernement s'emploie à mettre en œuvre la très contestée consigne pour recyclage des bouteilles en plastique, l'association Zero Waste France (ZWF) présente une évaluation guère favorable du projet ReUse de consigne pour réemploi de contenants alimentaires. Une initiative portée par l'éco-organisme Citeo, qui avait reçu les soutiens successifs de Bérangère Couillard, alors secrétaire d'État chargée de l'écologie – laquelle avait par ailleurs elle aussi relancé la "fausse-consigne" fin 2022 –, et d'Agnès Pannier-Runacher, alors ministre de la Transition écologique. 

350 magasins mobilisés sur les 750 escomptés

Conduite depuis le 12 juin 2025 dans quatre régions "choisies en raison de leur dynamisme sur le réemploi" – Bretagne, Normandie, Pays de la Loire et Hauts-de-France –, et initialement soutenue par huit distributeurs et une quarantaine de metteurs en marché, l'initiative devait être déployée dans 750 magasins à compter d'octobre, avec une gamme d'emballages réemployables standardisés appelés "R-Cœur". Mais il y a loin de la coupe aux lèvres, constate l'association, qui ne recense que 350 magasins finalement engagés dans la démarche. Un chiffre peu ou prou en ligne avec celui communiqué par Citeo, qui dénombrait 366 magasins actifs et 6 distributeurs engagés au 31 mars dernier, lors de la huitième édition de son "ReUse Day" tenue le 9 avril. Pis, ZWF décèle déjà "un recul progressif de l'engagement des distributeurs", par ailleurs diversement impliqués dans la démarche (58,3% des magasins de Monoprix présents dans les régions concernées engagés, mais 6,3% de ceux du réseau Intermarché). 

Peu de références en rayon

Un "engagement hétérogène" qui se retrouve au sein même des magasins ayant rejoint le dispositif. Au terme d'une enquête de terrain conduite dans 74 magasins du 4 avril au 23 mai derniers, ZWF observe ainsi que dans plus de 10% des magasins visités, aucun produit en emballage réemployable n'était disponible en rayon. Elle observe en outre que les magasins participant à l'opération ne proposent, en moyenne, que 9 références de produits (de 0 à une vingtaine selon les magasins visités), contre 222 références disponibles dans le catalogue de ReUse (Citeo recensait au total 158 références en rayon sur ces 222 références catalogue). Des emballages qui ne concernent pour l'essentiel que deux types de produits seulement, pointe ZWF – des jus de fruit (23 références catalogue, dont 22 en rayon selon Citeo) et de la bière (47 références catalogue, dont 26 en rayon) –, et "presque rien au-delà des boissons". "L'arrivée sur le marché des pots standardisés R-Cœur, annoncée pour le deuxième ou troisième trimestre 2026, est malheureusement toujours en attente", regrette l'association. 

Distributeurs comme metteurs sur le marché insuffisamment mobilisés

Laquelle dénonce par ailleurs le manque d'investissement dans la démarche des distributeurs, avec une visibilité du dispositif jugée globalement insuffisante – "seuls 37% des magasins utilisent le dispositif d'affichage complet" –, des produits "peu attractifs en rayon" ou encore des machines de déconsignation "difficiles à trouver" dans près d'un tiers des visites effectuées. 

Elle blâme de même l'"adhésion insuffisante des principaux metteurs en marché" (au total, 31 proposeraient des emballages réemployables), en mettant "en évidence le caractère encore très limité de l'offre". Et de relever au passage que les trois premiers contributeurs au dispositif, mis en avant par Citeo lors de son dernier ReUse Day, sont des brasseurs locaux indépendants. "Or le développement du réemploi repose sur la mise en circulation d'un nombre important d'emballages afin de rentabiliser les infrastructures de collecte et de lavage, d'optimiser les flux logistiques et d'installer durablement les nouveaux usages", souligne ZWF.

Une standardisation insuffisante, des prix plus élevés

Sans compter que d'autres freins viennent contrarier ladite installation de ces usages. 

D'une part, l'association déplore le manque d'uniformisation des emballages qui "complexifie la compréhension du dispositif", avec la coexistence d'emballages R-Cœur de Citeo (44% du total selon Citeo), d'emballages du réseau Vrac et réemploi (RVR - 27%) et d'emballages "iconiques" propres aux marques, concession à la standardisation octroyée afin que ces dernières puissent conserver leurs emballages emblématiques (28%). 

D'autre part, et plus encore, un prix des produits conditionnés dans des emballages réemployables supérieur à celui de leurs équivalents en emballage à usage unique "dans la majorité des cas observés", avec des écarts particulièrement significatifs pour les eaux (entre 90% et 190% pour les pétillantes, et entre 195 et 230% pour les plates et ce, après déduction de la consigne). Et si certains produits du dispositif affichent parfois un prix inférieur à leurs équivalents non réemployables, "ces cas demeurent exceptionnels". 

Le ministère invité à reprendre la main

En conclusion, ZWF estime que si le projet ReUse présente le mérite d'avoir "engagé une réflexion sur la filière de réemploi des emballages ménagers et sur son modèle opérationnel", elle n'y voit qu'une "expérimentation de niche, dont les modalités sont fixées par les producteurs eux-mêmes". Elle invite en conséquence le ministère à contraindre les éco-organismes à mettre en place un système de primes et de pénalités aux montants plus élevés afin de rendre les emballages réemployables plus compétitifs et, plus encore, à imposer la standardisation des emballages. Au-delà, elle lui demande de faire respecter l'obligation imposée aux éco-organismes de consacrer au moins 5% du montant des éco-contributions qu'ils perçoivent au financement du réemploi – relevant que Citeo n'y a consacré que 2,16% en 2024, selon l'Ademe –, et même de porter ce taux à 10%, estimant que "le doublement du fonds réemploi est une condition sine qua non pour engager le changement d'échelle au niveau national". Un fonds dont la gestion serait en outre confiée "à un tiers ne se trouvant pas dans une situation de conflit d'intérêt".

 

Voir aussi

Abonnez-vous à Localtis !

Recevez le détail de notre édition quotidienne ou notre synthèse hebdomadaire sur l’actualité des politiques publiques. Merci de confirmer votre abonnement dans le mail que vous recevrez suite à votre inscription.

Découvrir Localtis