6 milliards d'euros d'économies pour compenser le coût de la guerre

Ces économies pèseraient pour 4 milliards d'euros sur l'État et pour 2 milliards sur la sécurité sociale. Chaque ministre est invité à scruter ce qui peut être rogné. Pour l'heure, les collectivités sont simplement incitées à "faire preuve de précaution dans la gestion de leur budget".

Le gouvernement a annoncé ce mardi 21 avril à l'issue de la réunion à Bercy du comité d'alerte des finances publiques que 6 milliards d'euros de dépenses pourraient être "stoppées" pour compenser le coût de la guerre au Moyen-Orient. Le ministre de l'Action et des Comptes publics, David Amiel, a indiqué que les économies pèseraient pour 4 milliards d'euros sur l'État, et 2 milliards d'euros dans la sphère sociale.

Dans un courrier adressé à ses ministres, le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a en effet demandé à son gouvernement de mettre en oeuvre pour 4 milliards d'euros de "mesures supplémentaires de freinage de la dépense" au sein de leurs budgets respectifs. Il s'agit d'"identifier toutes les marges de manœuvre dans leur ministère", selon les termes de Bercy, où l'on souligne la nécessité d'un effort largement partagé. Cela pourra prendre la forme de gels de crédits ou d'"annulations ciblées". Un "point d'étape" sur les mesures envisagées sera fait "avant le prochain comité d'alerte", qui aura lieu en juin.

Étaient présents à la réunion de cette instance créée l'an dernier des parlementaires dont le président de la commission des finances de l'Assemblée nationale, Éric Coquerel (LFI), et le rapporteur général du budget, Philippe Juvin (LR), des représentants des associations d'élus locaux, de la sécurité sociale et des partenaires sociaux.

Surplus fiscal inférieur au montant des aides

La guerre au Moyen-Orient a entraîné une hausse des taux d'intérêt et donc de la charge de la dette, pour un coût actuellement "autour de 3,6 milliards d'euros", a rappelé Roland Lescure mardi. S'ajoute à cela l'impact de l'inflation sur les allégements de cotisations sociales et les dépenses indexées prises en charge par l'État, pour environ 1 milliard. Ainsi que le coût des opérations extérieures de l'armée (1 milliard) et les diverses aides versées en lien avec la crise énergétique. "Le coût total de cette crise pourrait donc représenter au moins 6 milliards d'euros, à date", a détaillé Sébastien Lecornu dans son courrier. 

Le ministre des Comptes publics avait déjà prévenu que "toute dépense publique nouvelle qui pourrait être rendue nécessaire par la crise" énergétique entraînerait "une annulation d'une dépense qui était prévue, à l'euro près", afin de "tenir (les) objectifs pour 2026". Parmi ces dépenses nouvelles, les 150 millions d'euros déjà annoncés de soutien face à la crise, que ce soit pour aider transporteurs, pêcheurs et agriculteurs, ou pour renforcer le chèque énergie.

Sous l'effet de la crise énergétique, le gouvernement Lecornu a par ailleurs, la semaine dernière, dû revoir à la baisse sa prévision de croissance, à 0,9% en 2026 (contre 1% prévu jusqu'ici) et à la hausse sa prévision d'inflation, à 1,9% (contre 1,3% auparavant). Il a maintenu en revanche son objectif de 5% de déficit cette année, après une bonne nouvelle en 2025 (5,1% contre 5,4% initialement attendus).

Bercy tient à souligner que "l'État ne s'enrichit pas" par la flambée du prix des carburants à la pompe. Fin mars, le surplus fiscal était de 270 millions d'euros mais au 10 avril, il n'était plus que de 170 millions du fait d'une baisse des volumes consommés. Et sur ces 170 millions, est-il rappelé, seuls 80 millions vont à l'État, le reste étant affecté "aux collectivités et à la sécurité sociale". 80 millions… donc bien moins que les 150 millions d'aides (90 millions d'euros d'aides sectorielles et 60 millions pour renforcer le chèque énergie). En sachant que d'autres annonces du Premier ministre (prolongement de mesures déjà en place et "peut-être d'autres idées") étaient attendues en toute fin de journée à l'issue d'une réunion interministérielle consacrée à l'énergie.

"Pas appris grand-chose"

Selon une source syndicale, les mesures d'économies sur la sécurité sociale, réalisées notamment par des reprises de crédit, ne "devraient pas toucher les assurés sociaux".

Et les collectivités locales ? Celles-ci n'ont pas été mentionnées par les deux locataires de Bercy à l'issue de la réunion. "Les collectivités administrent librement leur budget. On ne peut que les inviter à faire preuve de précaution dans la gestion de leur budget afin de pouvoir s'auto-assurer en cas de hausse de l'inflation", relève simplement leur entourage.

Globalement, face à l'ampleur des coupes envisagées, le président de la commission des finances de l'Assemblée, Éric Coquerel, a estimé qu'on n'avait "pas appris grand-chose" lors de la réunion sur la manière dont l'État comptait s'y prendre pour réaliser ces économies, tout en critiquant le fait qu'elles semblent plutôt porter sur les dépenses, "aggravant le mal", et pas sur les recettes.

Créé au printemps dernier, le comité d'alerte des finances publiques s'est réuni deux fois en 2025 : le 15 avril autour du Premier ministre d'alors, François Bayrou (voir notre article), et le 26 juin (voir notre article). Avait alors été annoncé un coup de frein supplémentaire de cinq milliards d'euros sur les dépenses publiques. Et un mois plus tard, le gouvernement Bayrou annonçait 5,3 milliards d'économies à réaliser côté collectivités locales (voir notre article), par des dispositions qui allaient en grande partie se retrouver dans la loi de finances pour 2026.

 

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