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Jean-Noël Escudié / PCA

Tourisme - Après les attentats, le rapport Huchon propose de repenser la gouvernance du tourisme

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Jean-Paul Huchon suggère, dans un rapport remis le 7 septembre à Manuel Valls, des pistes pour redynamiser le tourisme en France dans un contexte d'insécurité lié aux attentats. Il recommande par exemple d'organiser une communication de crise pour le tourisme et de monter une "cellule de gestion de crise ", de créer un commissariat au tourisme rattaché au Premier ministre et des commissaires régionaux... Des idées que l'on devrait retrouver dans les décisions du comité d'urgence économique programmé le 13 septembre prochain et du comité interministériel consacré au tourisme prévu mi-octobre.

En janvier dernier, peu après les attentats de novembre 2015, Manuel Valls confiait à Jean-Paul Huchon une mission d'appui à la filière touristique, portant sur l'attractivité de la destination France, mise à mal par ces événements tragiques encore aggravés par l'attentat de Nice le 14 juillet. Le 7 septembre, l'ancien président du conseil régional d'Ile-de-France a remis son rapport et ses propositions au Premier ministre.
Comme demandé dans la lettre de mission, le document s'appuie sur un constat portant sur la situation de l'activité et de l'industrie touristiques, doublé d'une "chronique de ces six derniers mois afin d'approcher au plus près la réalité statistique d'une activité économique complexe mais aussi de comprendre le jeu, tout aussi complexe, des acteurs impliqués publics et privés : du choc brutal à Paris au dernier trimestre 2015 à l'espoir d'un rebond au printemps 2016, des espoirs déçus du second trimestre 2016 sous les effets des attentats de Bruxelles, de la détérioration du climat social et des intempéries, et ce malgré l'Euro 2016, à la réplique tant redoutée de l'attentat de Nice du 14 juillet 2016".

Un secteur "balkanisé"

Le rapport retrace aussi les actions engagées par les pouvoirs publics, "qui ne sont naturellement pas resté inactifs" face à cette crise sans précédent.
Côté constat, le rapport se montre lucide et assez exhaustif, même si ce qu'il décrit a déjà été exposé à de nombreuses reprises : difficulté à conserver le statut de première destination mondiale "et surtout à convertir ce dernier en recettes touristiques sonnantes et trébuchantes", balkanisation du secteur "conséquence d'une chaîne de valeur structurellement éclatée et d'une gouvernance atomisée", manque de lisibilité de l'offre...
Pour autant, le rapport n'entend pas tomber dans le pessimisme et estime au contraire qu'"il n'est pas interdit de voir dans chaque crise une opportunité".

Organiser une communication de crise

Face une crise bien réelle et dont les racines sont loin de tenir aux seuls attentats, les propositions du rapport laissent néanmoins un peu le lecteur sur sa faim et ne brillent pas toujours par leur originalité. Les préconisations les plus innovantes sont directement liées au climat créé par les attentats. Jean-Paul Huchon recommande ainsi de créer "une cellule de gestion de crise spécifique afin de mieux intégrer la dimension touristique en cas d'attaque contre la destination France" et d'organiser une communication de crise pour le tourisme, permettant de "délivrer le plus rapidement possible une information fiable, centralisée, [...] indispensable si l'on veut éviter les effets nuisibles liés à l'absence ou au trop-plein d'informations issues des media traditionnels ou sur les réseaux sociaux, susceptibles d'avoir des effets anxiogènes sur les touristes". De même, le rapport préconise d'élaborer un plan "Tourisme sûr" pour la destination France, comme celui dont s'est dotée l'Espagne en 2011. Ce plan devrait en particulier "pérenniser, donner cohérence et visibilité aux mesures de sécurisation de la destination".

Vers des "commissaires régionaux au tourisme" ?

Les autres propositions sont plus classiques. On y trouve notamment la création d'un Observatoire national du tourisme, le lancement d'un plan de promotion internationale des "destinations France", le renforcement des moyens d'Atout France, ou encore des d'incitations fiscales à la rénovation et au développement de l'offre d'hébergement touristique, qui complèteraient ainsi les diverses aides à l'investissement déjà mises en place, notamment par Bpifrance et la Caisse des Dépôts (voir nos articles des 9 et 30 octobre 2015).
On y trouve également des mesures innovantes en matière de gouvernance : création d'un commissariat au tourisme rattaché au Premier ministre et chargé de préparer les conseils interministériels dédiés au tourisme (CIT), mise en place d'un comité d'orientation pour les investissements touristiques prévus par l'Etat ou encore création de "commissaires régionaux au tourisme", chargés de "mieux coordonner l'action de l'Etat en régions".

Un comité interministériel sur le tourisme à la mi-octobre

Après avoir reçu le rapport de Jean-Paul Huchon, Manuel Valls a publié un communiqué rappelant "que le gouvernement était déterminé à prendre toutes les initiatives nécessaires, sous l'impulsion de Jean-Marc Ayrault, ministre des Affaires étrangères et du Développement international, pour relancer l'attractivité touristique de la France". Le Premier ministre ne se prononce pas sur les propositions du rapport, mais indique que celles-ci "viendront nourrir les travaux engagés par le gouvernement pour préparer le deuxième comité d'urgence économique pour le tourisme qui se tiendra le 13 septembre, puis le comité interministériel consacré au tourisme que le Premier ministre réunira mi-octobre".
Le comité d'urgence économique du 13 septembre s'appuiera sur le "retour d'expérience des professionnels", a précisé le Quai d’Orsay. "Cette réunion permettra d'échanger sur les leviers, privés et publics, à mobiliser pour promouvoir l'attractivité touristique de la France, en particulier dans les régions Ile-de-France et Provence-Alpes-Côte d'Azur qui sont particulièrement affectées par le recul de la fréquentation internationale", a-t-il ajouté dans un communiqué. Ce comité s'inscrit dans la dynamique du plan de relance de la "destination France" annoncé en mars et doté initialement d'un million d'euros. Jean-Marc Ayrault a annoncé le 23 août la mobilisation de 500.000 euros dans le cadre de ce plan.
 

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