Tourisme - En 2014, le tourisme joue les vedettes

La politique du tourisme est, d'ordinaire, un secteur plutôt paisible. La preuve : la dernière réforme importante en date - la loi du 22 juillet 2009 de développement et de modernisation des services touristiques - s'est déroulée dans un climat très consensuel (voir notre article ci-contre du 22 décembre 2010). Mais les choses ont changé au cours du premier semestre 2014 et le tourisme joue désormais les vedettes à plusieurs titres.

Un ministre, et pas n'importe lequel !

Tout d'abord, en avril dernier, le tourisme a retrouvé un ministre, et pas n'importe lequel ! Depuis plusieurs années, ce secteur ne disposait plus d'un secrétaire d'Etat dédié et se retrouvait raccroché à un portefeuille beaucoup plus large (l'artisanat et le commerce dans le cas du ministère de Sylvia Pinel, dans le gouvernement de Jean-Marc Ayrault). En 2009, le tourisme a même perdu sa direction dédiée - créée en 1952 -, fusionnée au sein de la direction générale de la compétitivité, de l'industrie et des services (DGCIS). Humiliation suprême : le mot "tourisme" ne figure même pas dans l'intitulé de la DGCIS (voir notre article ci-contre du 16 janvier 2009).
Revirement avec le gouvernement Valls en avril dernier : c'est Laurent Fabius qui hérite du tourisme. Celui-ci rejoint ainsi le ministère des Affaires étrangères et du Développement international, malgré quelques frictions avec le ministre de l'Economie, du Redressement productif et du Numérique. Une petite révolution dans le monde du tourisme et un premier symbole fort sur la place réservée au tourisme dans la stratégie gouvernementale.
Un bémol toutefois : malgré ce rattachement "prestigieux", le tourisme n'est guère plus visible qu'auparavant. Il faut vraiment fouiller dans le site du ministère des Affaires étrangères pour trouver quelques rares informations sur le tourisme et la politique en ce domaine...

Le tourisme, "secteur stratégique pour la France"

Cette redistribution des périmètres ministériels ne répond pas seulement à des questions d'influence et de préséance. Elle obéit aussi à un objectif stratégique. Laurent Fabius s'est aussitôt saisi de cette nouvelle compétence, laissant peu de place à Fleur Pellerin, sa secrétaire d'Etat chargée - entre autres - de la promotion du Tourisme et qui peine à s'imposer auprès des professionnels. Le ministre des Affaires étrangères a récupéré habilement les Assises du tourisme, lancées par son prédécesseur (voir nos articles ci-contre du 27 novembre 2013 et du 25 mars 2014). Il a repris l'essentiel des conclusions des groupes de travail et s'est posé en défenseur du secteur.
Dès le mois de juin, le tourisme s'est vu ainsi érigé en "secteur stratégique pour la France", à l'occasion d'une communication en Conseil des ministres reprenant les cinq axes issus des Assises (voir notre article ci-contre du 26 juin 2014). Avec un objectif chiffré : atteindre les 100 millions de touristes étrangers par an, contre 83 millions aujourd'hui, tout en tirant davantage de recettes de leur présence.
Cette place stratégique donnée au tourisme a été confirmée par le chef de l'Etat. Il est vrai que la France compte peu de secteurs présentant à la fois un fort excédent commercial, une activité répartie sur tout le territoire, des emplois non délocalisables et une contribution non négligeable au "soft power", à travers l'image de la France.

Le retour de l'ouverture le dimanche

Si ces objectifs ne peuvent que susciter un large consensus, il n'en va pas forcément de même sur les moyens de les atteindre. Sur ce point, Laurent Fabius n'a pas hésité à mettre les pieds dans le plat, quelques jours seulement après sa prise de fonction. Le ministre des Affaires étrangères s'est prononcé sans ambiguïté pour une extension de l'ouverture des commerces le dimanche : "Pour les touristes, il faut qu'il y ait une ouverture, compensée bien sûr pour les salariés. Il faut modifier un certain nombre de dispositions, j'y suis favorable" (voir notre article ci-contre du 23 avril 2014). Pour se faire bien comprendre, le ministre a eu notamment cette phrase, devenue célèbre : "Il y a une certitude, c'est que le touriste qui vient le dimanche et qui trouve un magasin fermé ne va pas revenir le jeudi".
Si les réactions plus que réservées d'une partie des syndicats étaient attendues, la proposition a suscité également des réticences du côté de certains élus peu désireux d'étendre le périmètre de leurs zones touristiques, à commencer par la maire de Paris.
A défaut d'avoir vraiment avancé depuis ces annonces, la question s'est toutefois étendue à d'autres secteurs clés de l'attractivité touristique, comme le montre le récent lancement d'une réflexion sur l'ouverture sept jours sur sept des grands musées parisiens (voir notre article ci-contre du 25 juillet 2014).

Le psychodrame de la taxe de séjour

Cet activisme touristique n'a pas tardé à donner des ailes aux parlementaires. Outre une proposition de loi du député (UMP) de Paris Pierre Lellouche pour ouvrir les commerces la nuit dans les zones touristiques (voir notre article ci-contre du 22 juillet 2014), les députés de la majorité se sont attaqués, par surprise, à la taxe de séjour. Si chacun s'accorde sur le caractère courtelinesque de cet impôt, les députés n'ont pas choisi de travailler dans la dentelle.
A l'occasion de l'examen du projet de loi de finances rectificative pour 2014, ils ont en effet voté un quadruplement du plafond de la taxe de séjour et l'instauration d'une taxe spéciale sur l'Ile-de-France (voir notre article ci-contre du 27 juin 2014). Objectif affiché : dégager des recettes pour financer les projets d'infrastructures de transports, menacés d'assèchement budgétaire par l'abandon de l'écotaxe.
La réaction ne s'est pas fait attendre : tous les professionnels sont montés au créneau comme un seul homme pour dénoncer la mesure, mais aussi le "coup de poignard dans le dos" au lendemain des Assises du tourisme et de la communication en Conseil des ministres. Laurent Fabius ayant vigoureusement dénoncé cette mesure - alors que la maire de Paris et le président du conseil régional d'Ile-de-France la soutenaient fermement -, l'affaire a suscité de fortes tensions au sein de la majorité et même du gouvernement (le secrétaire d'Etat au Budget ne s'étant pas opposé à l'amendement en séance).
Après une tentative avortée de conciliation par le biais d'un rapport d'information attendu comme le messie, l'amendement a finalement été rejeté et l'affaire renvoyée à la loi de finances pour 2015 (voir nos articles ci-contre des 10, 11 et 16 juillet 2014). Seule certitude : le débat s'annonce animé...

Et les touristes français ?

Dans ces enjeux économiques et géostratégiques du tourisme, les vacanciers français sont un peu oubliés. Pourtant, une récente étude de l'Observatoire des inégalités montre que le taux de départ en vacances des Français est aujourd'hui inférieur à celui des années 80 (voir notre article ci-contre du 17 juillet 2014). Après être passé de 59% au début des années 1980 à 66% à son apogée au milieu des années 1990, le taux de départ en vacances est en effet retombé à 57% en 2013.
L'étude de l'Observatoire va d'ailleurs bien au-delà de ce seul indicateur - assez grossier - du taux de départ en vacances. Elle montre aussi que les inégalités sociales se sont nettement creusées en matière de vacances. Un beau sujet pour de prochaines Assises du tourisme...

 

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