Du sol à l'assiette : Dieulefit-Bourdeaux, laboratoire de dynamique rurale (26)

En cinq ans, Dieulefit-Bourdeaux a bâti un Projet alimentaire territorial qui couvre tous les aspects de la production alimentaire, du sol aux assiettes des cantines, en passant par la structuration des filières. Objectif : un accès à une nourriture de qualité pour tous.

Depuis octobre 2024, la communauté de communes Dieulefit-Bourdeaux (CCDB) affiche la reconnaissance nationale la plus élevée pour un Projet alimentaire territorial : un label de niveau 2*. Une labellisation qui vient couronner trois ans d'expérimentation et ouvre un nouveau cycle jusqu'en 2029. « On a une dynamique qui s'est créée et on est sur du temps long », résume Kévin Bazile, chargé de mission agriculture, alimentation à la CCDB.

Depuis vingt ans, ce territoire de moyenne montagne travaille la question agricole, sans être parvenu à connaître précisément ses flux alimentaires, tant ces données sont complexes à obtenir finement. Entre mars et août 2022, un diagnostic recentré sur les pratiques et les besoins des consommateurs a permis d'identifier cinq priorités : le foncier agricole, l'adaptation au changement climatique, la viabilité économique des filières, l'accès à une alimentation de qualité et l'implication citoyenne. Un premier plan d'actions, doté de 196 000 euros (dont 142 000 euros de subventions État et Europe) a permis de mener 19 actions avec 14 partenaires, entre 2021 et 2024. Le PAT niveau 2 mobilise, lui, un budget prévisionnel de 366 000 euros sur trois ans (financé à environ 64 % par l'État et le Fonds européen Feader).

Fluidifier et orchestrer les rencontres

La CCDB a réactivé son comité local installation transmission, instauré en 2012, pour sécuriser le foncier nourricier. Elle a accompagné cinq fermes volontaires sur la connaissance de la santé des sols, l'agroforesterie, et les aménagements favorables à la biodiversité, au titre de l’adaptation des pratiques agricoles face au changement climatique. Elle a également investi la restauration collective via un accompagnement, mené avec Agribiodrôme, qui permet à quatre cantines d’adapter leurs menus et leurs approvisionnements aux obligations de la loi Egalim, ainsi que la gestion des prix. Objectif : renforcer les liens entre cuisines collectives et producteurs locaux, tout en maîtrisant les coûts, condition indispensable pour qu'une alimentation locale reste accessible aux familles. Le carnet en ligne « À table c'est local ! », qui recense 58 producteurs en circuits courts et facilite l’accès des consommateurs à une alimentation saine, a été téléchargé plus de 1 800 fois.

Chambre d'agriculture, Safer, Terre de Liens, ADEAR (Association pour le développement de l’emploi agricole et rural), ISARA (Institut supérieur d’agriculture Rhône-Alpes), Agribiodrôme, associations spécialisées en microbiologie des sols, en agroforesterie et biodiversité des sols… La collectivité orchestre l’intervention de nombreux experts. « Parfois, il suffit de faire en sorte que les gens se rencontrent, et après on laisse faire », observe le chargé de mission, citant l'exemple d'un boucher mis en lien avec des éleveurs locaux, aujourd'hui devenus partenaires commerciaux sans aucune intervention supplémentaire de la CCDB.

Des enseignements et des limites

Pour Marion Berenguer, cuisinière à la cantine de Monjoux-la-Paillette, interrogée dans le cadre du bilan radiophonique réalisé avec RadioLà, l'impact principal du PAT a été de rompre l'isolement professionnel et de faciliter les collaborations de proximité. « Le but de ces rencontres du PAT était d'échanger des adresses. En fait, on s'est rendu compte qu’on était voisins, mais qu’on ne se connaissait pas et qu’on pouvait travailler ensemble », confie-t-elle, avant de souligner l'importance de l'accompagnement technique et juridique apporté par la démarche.

Malgré la volonté politique, les contraintes budgétaires ont limité l’intervention de la collectivité durant le premier PAT. « C'est frustrant, de lancer une dynamique et de ne pas pouvoir aller plus loin », reconnaît Kévin Bazile, qui espère, pour le PAT en cours, pouvoir réorienter les économies réalisées sur certaines actions vers la mise en œuvre concrète des préconisations. Autre point de vigilance : la mobilisation, à l'échelle d'un si petit territoire, peut vite trouver ses limites. Un événement de mise en réseau des filières, notamment, a réuni peu de participants. Ce qui interroge désormais l'intérêt de mutualiser certaines actions à une échelle intercommunautaire plus large.

Pour Kévin Bazile, la réussite tient moins aux moyens qu'à la continuité : un poste à temps plein, un diagnostic solide, grâce aux travaux réalisés par la commission agricole depuis plus de 20 ans, et une gouvernance qui articule élus, techniciens et acteurs de terrain, sans chercher à tout financer soi-même. La labellisation, elle, sécurise des financements pérennes, plus qu'elle ne change la nature du travail engagé.

Le nouvel exécutif issu des élections locales de 2026 doit se prononcer sur le niveau d'engagement financier et politique qu'il souhaite donner à la démarche. Sont dans les tuyaux un défi citoyen « Une autre alimentation », la poursuite du travail sur les filières locales et un effort accru sur la traduction opérationnelle des diagnostics agroécologiques. Autant de chantiers qui confirment, cinq ans après ses débuts, que l'alimentation est devenue, à Dieulefit-Bourdeaux, un fil conducteur du développement territorial.

*Pour en savoir plus sur les Projet alimentaire de territoire : France Pat, portail du réseau national des projets alimentaires territoriaux

Le Projet alimentaire territorial de Dieulefit-Bourdeaux en quelques chiffres

  • 366 000 euros : le budget prévisionnel total pour la mise en œuvre de la phase opérationnelle du PAT sur la période 2024-2027. Celui du PAT 1 s'élevait à environ 196 000 euros. Cette hausse est justifiée par les critères plus exigeants de la labellisation de niveau 2, qui impose de couvrir de nouvelles thématiques
  • 193 exploitations agricoles recensées sur le territoire de la communauté de communes
  • 49 % des agriculteurs du bassin ont plus de 50 ans, ce qui rend l'enjeu de la transmission foncière crucial pour la survie du modèle agricole local
  • 1 seul intermédiaire au maximum définit l'approvisionnement en circuits courts des professionnels de la restauration collective locale
  • 1 840 téléchargements : le succès rencontré par le « Carnet des producteurs », qui recense une soixantaine de professionnels locaux pour favoriser les circuits courts
  • 2 525 vues : le trafic généré par le bilan radiophonique « La Main à la PAT », qui donne la parole aux acteurs locaux comme les cuisiniers et les agriculteurs

Communauté de communes Dieulefit-Bourdeaux

Nombre d'habitants :

100001

Nombre de communes :

21
8 rue Garde de Dieu
26220 Dieulefit
contact@ccdb26.fr

Kévin Bazile

Chargé de mission agriculture, alimentation

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