La Saucelle : restaurer les mares et renouer avec un héritage millénaire (28)
À la Saucelle, en Eure-et-Loir, la restauration d’un réseau de mares conjugue préservation de la biodiversité, régulation des eaux et valorisation de l’histoire locale. Ce projet exemplaire s’appuie sur un patrimoine hydraulique hérité des Templiers et sur des solutions fondées sur la nature.
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Village templier, La Saucelle disposait autrefois d’un réseau hydraulique structuré autour de mares, de zones humides et de moulins, qui contribuait à réguler la ressource en eau, utilisée en tant qu’énergie. Ce système a fonctionné pendant près de 1 000 ans, avant de se dégrader progressivement, après l’abandon des moulins. Certaines mares ont été comblées, d’autres se sont refermées sous l’effet de la végétation. Comme partout en France, ces milieux ont aussi été modifiés par le remembrement agricole. « Restaurer ces mares, c’est renouer avec notre histoire et retrouver des solutions éprouvées pour mieux gérer l’eau. Nous avons la chance de disposer de ce patrimoine exceptionnel », souligne Philippe Penny, maire de La Saucelle.
Le programme Objectif MARES
Convaincue de l’intérêt de restaurer ce réseau, la commune a candidaté au programme Objectif MARES* (Mobilisation pour les Amphibiens et la Restauration de leurs ÉcoSystèmes), lancé en 2021 par France Nature Environnement Centre-Val de Loire. Cette initiative vise à recenser, restaurer et protéger les mares du territoire régional, afin de recréer une trame écologique fonctionnelle.
« Notre commune a été retenue en raison de la présence de plusieurs mares dégradées, parsemées en lisière de forêts et de champs. L’objectif de l’expérimentation était de vérifier si la restauration d’un chapelet de mares pouvait favoriser le maintien de la faune et de la flore », explique le maire. Le projet a démarré en 2022 et a duré trois ans, avec l’appui d’Eure-et-Loir Nature, association locale chargée d’accompagner les collectivités et les propriétaires concernés.
Favoriser le retour de la biodiversité
Un inventaire écologique a mis en évidence les espèces de faune et de flore présentes, ainsi que plusieurs mares dégradées, présentant un fort potentiel de restauration. Deux étangs et six mares ont été retenus, dont cinq situées sur des terrains privés. Envahis par les ronces, les arbustes et les branchages, ces points d’eau ne bénéficiaient plus d’ensoleillement suffisant, pourtant essentiel au développement de plantes aquatiques et de toute la chaîne alimentaire associée.
Des chantiers participatifs, organisés avec Eure-et-Loir Nature, ont mobilisé une trentaine de bénévoles pour débroussailler et dégager ces mares, notamment pour faire revenir la lumière à la surface de l’eau.
Ces travaux favorisent la vie des insectes (y compris des libellules), amphibiens (grenouilles, crapauds…), oiseaux (poules d’eau) ainsi que les chauves-souris, qui se maintiennent sur les lieux. Le déclin de la dynamique écologique semble freiné, par rapport à d’autres territoires. Des bénévoles reviennent régulièrement pour entretenir ces points d’eau et l’association sensibilise les propriétaires aux bonnes pratiques de gestion durable. Dans le cadre du programme Objectif MARES, une convention avec Eure-et-Loir Nature a permis de prendre en charge les travaux, sans coût pour la commune ni pour les propriétaires.
Une réponse concrète aux défis climatiques
« Restaurer une mare amène chacun à porter un regard nouveau sur son environnement et sur la valeur paysagère du territoire », observe Philippe Penny.
Alors que l’expérience n’a d’emblée pas attiré l’attention des habitants, elle a pris tout son sens à la suite des inondations exceptionnelles de mai 2024, inédites de mémoire d’habitant. Les études alors menées pour en identifier les causes ont confirmé le rôle central que jouaient autrefois les mares dans le réseau hydraulique conçu du temps des Templiers. « Les mares constituent de véritables bassins tampons naturels. Elles contribuent à ralentir l’eau, à la stocker naturellement et à préserver des zones de fraîcheur, utiles à la biodiversité comme aux habitants ; les haies aujourd’hui disparues favorisaient aussi la pénétration de l’eau pluviale dans le sol », rappelle le maire.
Alors que près de 90 % des mares ont disparu au cours du XXe siècle, leur restauration apparaît comme un levier de résilience du territoire, face à la multiplication des événements climatiques extrêmes. Elles amènent aussi les voisins à se parler pour comprendre comment circule la précieuse ressource eau entre leurs propriétés. Ainsi, se construit de mare en mare, une vision commune de l’eau.
*Le programme Objectif MARES est porté au niveau régional par France Nature Environnement Centre-Val de Loire et au niveau départemental par Eure-et-Loir Nature.
Chiffres clefs
- 2 étangs et 6 mares ont été restaurés
- 200 : nombre estimé de mares qui constituaient des chapelets de retenue dans le réseau hydraulique établi pour drainer l'eau pluviale issue des terrains déboisés par les moines défricheurs il y a 1 000 ans
- 25 000 euros : budget estimé pour restaurer une seule mare
- 15 000 à 25 000 euros pour recreuser une mare
- 220 000 euros : budget 2024 du projet de La Saucelle
- 80 % des aides proviennent du plan France Relance et du programme France Nation Verte.
Commune de La Saucelle
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