Un réseau de chaleur alimenté par les haies à Saint-Plantaire (37)

À Saint-Plantaire, les haies bocagères alimentent un réseau de chaleur communal. La vente de ce bois procure un revenu aux agriculteurs, tandis que les haies jouent un rôle précieux en faveur de la biodiversité. Pour la commune et ses habitants, la réduction des émissions de CO2, et des coûts, est appréciée !

« Nous voulions supprimer les énergies fossiles de nos bâtiments et des maisons achetées par la commune », rappelle Daniel Calame, maire de la commune. Lancé en 2016, le projet de réseau de chaleur suscite très vite de premières adhésions parmi les habitants. La municipalité agrandit l’un de ses bâtiments, au milieu du bourg, pour accueillir la chaufferie bois (doublée d’une chaufferie au gaz pour les pics de froid et les dépannages). Le réseau, alimenté par du bois déchiqueté, est mis en service en 2017. Il s’appuie sur une ressource locale abondante : 300 kilomètres de haies. Saint-Plantaire appartient au pays de la Châtre, porteur d’un Plan agro-environnemental et climatique (PAEC) pour l’entretien des haies, qui ouvre droit à des aides européennes de la politique agricole commune (PAC). Quatre exploitants souscrivent au projet, avec l’obligation de laisser repousser les haies, après exploitation, pour préserver ce patrimoine paysager. La vente du bois à la commune redonne ainsi une valeur économique à ce travail des exploitants. Les générations précédentes alimentaient les tuileries locales avec ce bois. On confectionnait aussi des manches de fourches et de pelles...

Services agronomiques des haies

Avec la fin de ces activités, et sous la pression du remembrement, les haies ont été partiellement détruites, dans les années soixante-dix, laissant la place à de grandes parcelles. Les services agronomiques des haies sont pourtant démontrés : utiles à la préservation de la biodiversité, à la captation de carbone, elles procurent aussi de l’ombre aux bovins lors des étés caniculaires. Elles jouent un rôle de barrage au ruissellement des eaux de pluie et facilitent leur infiltration dans les sols.

Depuis 2017, la commune achète chaque année 600 m3 de bois déchiqueté, à 30 euros le m3. Pour les agriculteurs, cela représente entre 5 % et 10 % des revenus, une fois les coûts d’entretien et de transformation déduits. Les exploitants utilisent aussi le broyat comme substitut à la paille, qu’ils allaient auparavant chercher à 60 kilomètres de là, en Champagne berrichonne. Vertueuses pour la commune, les agriculteurs et l’environnement, les haies font ainsi leur retour en grâce dans le bocage berrichon.

Des obstacles surmontés

La commune a dû faire face à la complexité administrative, pour le recours aux financements de l’Ademe. À cela, s’est ajoutée la méfiance de certains habitants. Sans ingénierie disponible en interne, la commune a dû se faire accompagner par un bureau d’études. Et, pour tenir compte des habitants qui ont demandé à se raccorder en cours de route, il a fallu recalculer la puissance de la chaudière. Ces obstacles surmontés, la commune gère en direct la vente de chaleur dans un budget annexe équilibré. Les quatre cantonniers communaux ont été formés à la maintenance des équipements, et un système d’astreinte rémunéré a été mis en place.

La contribution des propriétaires fonciers

Pour le réseau lui-même, l’installation a été réalisée en évitant de passer sous la route, pour ne pas croiser les réseaux. « Nous avons privilégié l’alimentation par les jardins privés, à l’arrière des maisons ; cela représente une négociation de six mois avec les propriétaires mais une économie substantielle pour la commune, de l’ordre de 1 à 10 », souligne Daniel Calame. Le tracé est ainsi devenu un projet collectif, fait d’accords entre propriétaires. La forme linéaire du village, implanté le long de la rue principale, en a facilité la réalisation. Certains habitants, au départ dubitatifs, ont déposé une demande de raccordement en 2023. Vingt-cinq bâtiments sont ainsi raccordés ; soit le double de ce qui avait été imaginé pour le projet d’origine.

Avec le fuel facturé un euro le litre, la commune dépensait dix mille euros par an pour chauffer ses bâtiments. Aujourd’hui, la facture annuelle de chauffage se situe entre 4 500 et 4 800 euros, et les projections pour 2026 sont encore plus favorables. Des économies équivalentes ont été réalisées pour les particuliers qui ont, de surcroît, bénéficié d’aides pour la rénovation thermique de leur logement. Une opération programmée pour l’amélioration de l’habitat (OPAH) leur a en effet été accordée, grâce au branchement à ce réseau de chaleur vertueux. Depuis, le projet a fait des émules et plusieurs communes voisines ont déployé un tel réseau. « C’est un projet reproductible, dès lors qu’on a la ressource locale », assure le maire, Daniel Calame.

Un plan de gestion durable des haies

L’équilibre économique de l’entretien des haies repose aussi sur les mesures agro-environnementales et climatiques (MAEC) de la PAC, qui sont des compensations financières pour le service environnemental rendu par les exploitants, grâce à leurs haies. Les MAEC imposent un cahier des charges avec un calendrier d’entretien rigoureux, afin que les haies du bocage puissent rendre leurs services écosystémiques. Un des agriculteurs, Bertrand Joyeux, exploitant en polyculture et polyélevage, a notamment mis en place un plan de gestion durable des 20 kilomètres de haies, sur ses parcelles, avec l’appui de l’ADAR CIVAM, association pour le développement agricole et rural. Les linéaires à abattre sont coupés, sèchent pendant deux à trois mois puis sont broyés par la Coopérative d’utilisation des matériels agricoles 23 (CUMA). Les copeaux sont ensuite vendus à la coopérative du Berry, qui approvisionne la chaufferie de Saint-Plantaire. « Nos haies se renouvellent en quinze ou vingt ans selon les essences, volontairement diversifiées. C’est un réservoir de biomasse inépuisable sur la commune », souligne Bertrand Joyeux.

Une extension du réseau de chaleur est prévue, en 2027. Il raccordera deux nouvelles maisons, ainsi que la cuisine centrale et des locaux associatifs du pays de la Châtre en Berry. Avec la flambée du prix du baril, le réseau a de beaux jours devant lui.

Le système de chauffage de Saint-Plantaire en quelques chiffres

  • Budget global : 500 000 euros
  • Financements publics, 45 % (ADEME, fonds de chaleur) : 225 000 euros
  • Autofinancement : 275 000 euros
  • Production annuelle de bois déchiqueté : 600 m3
  • Subventions de la PAC (MAEC linéaire) : 0,7 euro /m linéaire de haie pour les exploitants.
  • Puissance de la chaufferie : 320 KW
  • Longueur du réseau : 900 mètres
  • Linéaire de haies sur la commune : 300 kilomètres
  • Linéaire de haies exploitées/an : 1,5 kilomètre

Commune de Saint-Plantaire

Nombre d'habitants :

607
23,rue Principale
36 190 Saint-Plantaire

Daniel Calame

Maire

Voir aussi

Découvrez nos newsletters

  • Localtis :
    Propose un décryptage des actualités des collectivités territoriales selon deux formules : édition quotidienne ou notre synthèse hebdomadaire sur l’actualité des politiques publiques.

  • Territoires Conseils :
    Recevez tous les quinze jours la liste de nos dernières publications et l'agenda de nos prochains rendez-vous.

S'abonner aux newsletters