Forêts : Monique Barbut présente des mesures tous azimuts pour accélérer l’adaptation

Planification, gouvernance, moyens… tous les leviers seront activés pour accélérer l’adaptation de la forêt française face au changement climatique, qui s’est manifesté lors de cet été exceptionnellement chaud et sec par de nombreux incendies dans des massifs emblématiques. La ministre de la Transition écologique a dégagé, ce 15 septembre, de "premières pistes" pour engager, à court et plus long terme, des actions notamment en matière de restauration, d'aménagement et de mode de gestion.

La ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, a présidé ce 15 septembre une réunion de travail avec les acteurs de la forêt française (filières, entreprises, communes forestières, ONG, etc.), après un été particulièrement rude, marqués par des feux majeurs et un dépérissement des arbres, causés par la sécheresse et des vagues de chaleur exceptionnelles liées au changement climatique. 

Avec l’objectif d’une part, de dresser le bilan de l’été 2026 et des incendies - à partir notamment de retours de l’ONF, du Centre national de la propriété forestière (CNPF), de l’ARDFCI et du Sdis du Var - et d’autre part, de recueillir les recommandations des parties prenantes sur les actions à engager dès maintenant et à plus long terme, notamment en matière de restauration, d’aménagement et de modes de gestion et d’identifier les leviers permettant d’accélérer l’adaptation et la résilience des forêts au changement climatique.

Groupes de travail

Forte d'une prise de conscience devenant collective, la ministre souhaite avoir "des moyens de réponses immédiats et à plus long et moyen termes" autour de la planification, de la gouvernance et des moyens. Il s’agit "dès maintenant, de pointer et cranter des actions, des réponses pour que l'été 2027 ne se passe pas de la même manière que l'été 2026 et d’enclencher des travaux collectifs avec l'ensemble des acteurs concernés pour faire évoluer la résilience des forêts, des écosystèmes et des interfaces associées", appuie le cabinet de Monique Barbut. 

Plusieurs groupes de travail vont dérouler les mesures partagées pour que la ministre puisse rendre d’ici la fin du mois son plan d'accélération globale dans le cadre de la mission confiée par le Premier ministre fin juillet, et qui comprend notamment la forêt (lire notre article). Une autre réunion est d’ailleurs prévue pour préciser l’avancée des mesures du Pnacc. Des informations plus opérationnelles et concrètes sont donc attendues dans les prochains jours. 

76.300 hectares de forêts brûlées 

C’est le bilan de l’été 2026 sur 2.736 feux hors feux agricoles et feux de végétation (près de 100.000 ha de janvier à septembre), le plaçant en deuxième position des 50 dernières années, derrière 1976 et à la première place en zone d’extension. Pour mémoire, la moyenne des vingt dernières années est de 19.500 hectares brûlés, et par comparaison, 59.021 hectares sont partis en fumée en 2022 et 22.000 hectares en 2025. La part de la forêt publique est aussi plus élevée : 22% des surfaces, dont 8.200 hectares de forêts domaniales (63 forêts touchées), 8.885 hectares de forêts des collectivités (125 forêts touchées). 

Côté bilan de l’activité des patrouilles, on comptabilise 182 feux naissants éteints et 492 détectés, 150.000 personnes sensibilisés, 7.380 contrôles dont 4.000 non-conformités, 2.630 cessations d’infractions, 1.615 procédures. Et donc des moyens saturés au global au 25 août et dès juillet dans certains territoires d’extension. Pour y faire (en partie) face, le ministère a abondé de 5.000 jours-homme. Mais les questions sont légion : faut-il recalibrer les moyens sur une moyenne glissante intégrant 2026 ? Conforter l’organisation de la prévention DFCI dans les nouveaux territoires ? Le ministère se félicite, au titre de ce qui a fonctionné, de l'excellente coopération opérationnelle avec les Sdis et l’ARDFCI sous l’autorité des préfets. 

Mise en chorégraphie de la planification 

Le gouvernement travaille de concert sur plusieurs leviers de planification : accélération du Pnacc, programme national de la forêt et du bois (PNFB), plan de restauration de la nature… "Sur les prochains mois et pour l'atterrissage de fin 2026, l'idée c'est d'avoir un ensemble de plans cohérents qui se répondent et qui s'alimentent les uns les autres", précise le cabinet de la ministre. L’actualisation de la feuille de route sur l'adaptation des forêts au changement climatique sera aussi travaillée dans le prochain PNFB "qui va s’écrire en fin d’année". 

En ce qui concerne les cahiers des charges sur le renouvellement forestier, le décret (annulé par le Conseil d’État) permettant de traiter les dossiers en cours "sera publié cette semaine, tel qu’il a été soumis à la consultation publique, a indiqué la ministre. De quoi "débloquer les dossiers qui avaient été déposés jusqu'à juin", ajoute son entourage. Et il y aura un nouveau cahier des charges a minima qui sera mis en œuvre : "On fera attention à l'ensemble des procédures pour qu'il soit effectif début janvier." Pour l'instant pas de critère concernant la sylviculture mélangée à couvert continu. Une demande reformulée aujourd'hui par les associations "mais pour l'instant la ministre nous renvoie tous au travail et elle encourage des travaux communs". 

L’ONF et le CNPF sont chargés d’un projet de plan d'action plus global sur la diversification des forêts sous trois mois. Et la proposition de loi transpartisane de Hendrik Davi et Sophie Panonacle pour répondre aux enjeux d’adaptation des forêts au changement climatique constituera le cas échéant un autre vecteur sur ce sujet. Les acteurs travaillent en outre sur les itinéraires sylvicoles avec une direction partagée sur les enjeux de diversification des essences, mais aussi des pratiques et des modes de gestion. "Cette diversification doit se voir aussi au deuxième niveau d'aménagement du territoire, avec d'autres objets, soit des ralentisseurs, soit carrément des objets de lutte et de défense contre les incendies. Par exemple, une zone humide très fonctionnelle dans un massif forestier (…)", détaille le cabinet de la ministre. 

Si le cahier des charges n'évolue pas en 2027, la ministre a tracé un horizon 2028 pour des changements plus profonds. Une meilleure prise en compte du nématode des pins et le relèvement du seuil de dépérissement paraît déjà actée. 

Faciliter les équipements DFCI 

Les équipements de défense des forêts contre l’incendie (DFCI), tels que les pistes d’accès ou les dispositifs de surveillance, "se heurtent trop souvent à des obstacles réglementaires ou opérationnels". En cohérence avec les travaux engagés sur le projet de loi Sécurité civile, la ministre a donc demandé à ses services de repartir des propositions remontées par le terrain pour proposer des mesures concrètes de simplification. Une reconnaissance de "raison impérative d’intérêt public majeur" (RIIPM) pour ces équipements devrait intégrer ce véhicule législatif. 

La question des espèces protégées est aussi "un point de blocage récurrent", et les remontées du terrain le confirment, notamment celles du préfet du Var après le feu du Gros-Bessillon. La ministre signera une circulaire en ce sens pour les préfets de façon à accélérer et simplifier les dérogations "espèces protégées" pour les équipements DFCI. Un guide ONF-OFB-CNPF sera publié dans les prochaines semaines et servira de cadre de référence pour sécuriser les opérateurs dans leurs travaux. Et la ministre compte bien faire remonter le sujet à Bruxelles pour une "évolution proportionnée de la réglementation". 

Une autre circulaire invitera les préfets à "mieux accompagner les communes dans la mise en œuvre des obligations légales de débroussaillement, notamment en les aidant à exercer leur droit de préemption sur les parcelles forestières dépourvues de document de gestion, tout en renforçant la communication vers les populations". Cela fait partie des "sujets devant nous", précise l’entourage de la ministre, reconnaissant "une hétérogénéité totale". C’est plutôt sur le droit de préemption que des réflexions sont en cours, notamment dans le cadre de la mission parlementaire. 

Renforcer le local dans la prise de décision

Le volet gouvernance comporte deux pistes d’action pour renforcer la prise de décision au niveau local. D’abord en généralisant la création de sous-commissions incendie au sein des commissions régionales de la forêt et du bois. Les cas de Paca, de l’Occitanie et de l’Île-de-France ont montré que cela permettait de traiter la question des incendies avec l’ensemble des acteurs (les collectivités, les services de l’État, la filière, les associations…), relève la ministre, qui prévoit là encore d’adresser un courrier aux préfets de région. Elle déclare aussi vouloir étudier l’opportunité de renforcer le rôle des collectivités dans les plans de massif DFCI. Cela devrait permettre d'accélérer l’adoption de ces plans et de pallier l'absence récurrente de maîtres d'ouvrage pour les équipements DFCI (pistes, réservoirs…), en dehors des forêts domaniales. 

Des inquiétudes partagées sur les moyens

"Les besoins étaient déjà importants avant les incendies, ils le sont encore plus aujourd’hui", souligne la ministre, reconnaissant partager les inquiétudes des acteurs. Plusieurs pistes sont rattachées au budget 2027, dans lequel la forêt bénéficiera cette année d’un programme dédié. Les moyens de l’ONF alloués à la prévention des risques de feux et des sur-risques en montagne seront aussi rehaussés, "ce qui est déjà un bon début", estime-t-elle. 

Côté fonds vert, 100 millions y seront dédiés aux forêts en 2027. Le ministère est par ailleurs en train de regarder comment élargir la liste des mesures de protection qui y sont éligibles (aujourd’hui concentrées sur la gestion des interfaces forêts/habitations), notamment "en finançant l’animation des plans de massifs, reconstruire et accélérer sur les moyens de préventions et permettre également de financer la restauration écologique des forêts de montagne". 

Autre information dévoilée : une enveloppe de 20 millions d’euros vient d’être allouée à 23 projets lauréats portés par la filière industrielle pour 2026 dans le cadre de l’appel à projet lancé par l’Ademe en janvier pour décarboner les scieries. Parmi eux, les trois quarts sont situés en Nouvelle-Aquitaine : concrètement c'est 500.000 m³ de sciages séchés dont 200.000 m³ de bois traités chaque année contre le nématode.

Parmi les autres leviers à encourager, la ministre a cité les financements issus du label bas-carbone - notamment via une meilleure intégration des pare-feux aménagés et des zones humides existantes ou renaturées - et France Forêt 2100, un dispositif chapeau annoncé avant l’été pour accompagner les acteurs publics et privés qui souhaitent s’engager pour la reconstruction des forêts (en mettant en relation les financeurs et les porteurs de projets) "en train de se concrétiser" avec une équipe projet et la nomination d’un coordonnateur, Tristan Barres. "Pas de chiffres, mais de nombreuses réunions et surtout déjà beaucoup de projets tout à fait compatibles et éligibles", indique le cabinet de la ministre.

 

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