Hydrogène blanc : l'Opecst invite à ne pas laisser passer le train, même si l'on ignore encore s'il arrivera en gare

Dans une note scientifique consacrée à l'hydrogène natif, l'office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques invite à ne pas prendre le risque de passer à côté de ce qui pourrait devenir "une brique essentielle de notre futur mix énergétique, propre, compétitive et souveraine". Il invite dans le même temps à la raison, en relevant qu'aucun gisement important exploitable à des conditions rentables n'a encore été découvert à ce jour et que le coût réel de la production reste à déterminer.

Alors que l'hydrogène vert a beaucoup perdu de sa superbe, l'hydrogène blanc ou "natif", constituera-t-il un nouvel Eldorado ? Dans une note scientifique qu'ils viennent de consacrer à cette énergie pour l'office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques (Opecst), le sénateur Michaël Weber (Moselle, Socialistes) et le député Gérard Leseul (Seine-Maritime, Socialistes) invitent pour l'heure à garder la tête froide.

Un potentiel en pointillé

L'hydrogène blanc a pourtant tout de la solution miracle et aiguise bien des appétits : "Les données de l'équation – abondance, faible coût, zéro émission – en font une piste attrayante", concède le Mosellan lors d'une conférence de presse tenue le 3 juillet dernier. Mais s'il est présent naturellement "sur tous les continents" – en France, le bassin aquitain, le Piémont pyrénéen, le Grand Est, la Nouvelle-Calédonie et la Guyane "apparaissent comme des zones propices" –, "aucun gisement important d'hydrogène naturel exploitable à des conditions rentables n'a été découvert à ce jour", souligne l'élu. Et ce, en dépit d'une "exploration en plein essor" : "Entre 20 et 40 puits ont été forés dans le monde", indique-t-il, – dont un à Pontpierre, en Moselle. Mais un seul site est pour l'heure exploité, au Mali. Et encore ne produit-il que 48 tonnes par an, soit "l'énergie contenue dans trois barils de pétrole". 

Une rentabilité dépendante de multiples facteurs 

Le sénateur souligne qu'au-delà des "incertitudes scientifiques" qu'il reste à dissiper, se pose la question de la rentabilité d'une éventuelle exploitation, alors que "le coût réel de la production reste à déterminer". Lequel dépend de nombreux paramètres : "verrous technologiques à lever pour l'extraction de l'hydrogène s'il est dissous" ; présence ou non d'hélium, gaz rare à forte valeur marchande ; débit et pression ; profondeur du gisement ; quantité des réserves disponibles ; coût élevé des forages, seul moyen de confirmer l'existence et d'évaluer un gisement ou encore proximité des consommateurs, le transport étant "techniquement complexe et coûteux".

Faible acceptation et désintérêt des politiques en France

Sans compter, en France, une "acceptation environnementale et sociale faible dès qu'on touche au sous-sol", qui fait "que l'on préfère, en quelque sorte, déléguer les impacts à l'extérieur plutôt que d'essayer de les traiter à l'intérieur", estime Michaël Weber. Mais aussi "un relatif désintérêt des décideurs politiques", ajoute-t-il, prenant l'exemple d'une réponse à une question qu'il avait adressée à Agnès Pannier-Runacher, alors ministre, sur le sujet, démontrant selon lui que "manifestement l'intérêt n'était pas tout à fait au rendez-vous de la part de l'État". "Le potentiel du gisement n'est pas connu, mais il n'est probablement pas de taille à changer l'équation énergétique générale", déclarait la ministre au Sénat, le 8 novembre 2023.

Mais une opportunité à ne pas négliger

Reste que si l'hydrogène blanc devait tenir ses promesses, il constituerait "une opportunité économique et stratégique à ne pas négliger", observe Michaël Weber. Il "pourrait relancer des bassins industriels en déclin", contribuerait "à réduire nos importations d'énergies fossiles" et permettrait même "à la France de vendre son savoir-faire en exploration", précise-t-il en en concluant que "nous ne pouvons pas nous permettre de passer à côté de cette opportunité". D'autant que "d'autres pays, comme les États-Unis, l'Australie et la Chine, y vont à marche forcée", prévient le sénateur, en mettant en outre en exergue que ces derniers n'affrontent pas les mêmes obstacles qu'en France – constat déjà déploré par l'Académie des technologies. "La phase de recherche implique la délivrance d'un permis exclusif, procédure plus longue en France que dans d'autres pays. On est plutôt autour de 18 mois, alors que c'est 3 à 6 mois en Allemagne", note Mickaël Weber. Avec pour principales causes avancées "des procédures d'autorisation séquentielles plutôt que parallèles" et "des ressources humaines insuffisantes et peu formées pour instruire les demandes". Et "les demandes de concession de production sont réputées encore plus lentes, pouvant aller jusqu'à 3 ans", ajoute le rapport. Autre difficulté, l'impossibilité de réutiliser les données sismiques sans un retraitement préalable, ce qui engendre des coûts et délais supplémentaires.

"Développer un récit autour du sous-sol national"

Désireux de renverser la vapeur, les deux élus dressent en conséquence six recommandations :
- "développer un récit autour du sous-sol national" afin de sensibiliser décideurs politiques et citoyens sur le caractère stratégique des ressources qu'il contient ;
- consacrer 10 millions d'euros à un programme national de recherche pluridisciplinaire sur 10 ans sur l'hydrogène et l'hélium débouchant sur un ou deux forages profonds, alors "qu'aujourd'hui tout repose sur des start-up" ;
- sanctuariser la contribution de la France aux deux programmes internationaux de forage scientifique afin qu'elle maintienne son expertise ;
- accorder 10 millions d'euros d'avances remboursables pour les projets français les plus avancés, lorsqu'ils s'accompagnent d'un programme scientifique public associé, afin qu'ils puissent réaliser un forage exploratoire ;
- faire évoluer le droit minier – lequel a été récemment substantiellement modifié – pour permettre l'accès libre aux données sismiques retraitées et simplifier les processus d'octroi de permis de recherche et de licence d'exploitation ;
- réviser la stratégie Hydrogène de l'UE – qui date de 2020, une éternité vu les difficultés rencontrées depuis par la filière, qui ont d'ailleurs conduit la France à actualiser la sienne l'an passé – dès 2027 afin de reconnaître l'hydrogène naturel comme source de production bas-carbone. 

 

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