Jeunes, bénéficiaires du RSA : les professionnels soulignent les vertus de l’accompagnement global
Coaching, levée des freins périphériques, immersions, sensibilisation des entreprises… Les opérateurs qui accompagnent les jeunes sans emploi et les bénéficiaires du RSA soulignent le travail minutieux se cachant derrière leur retour à l’emploi.
© Caek/ Antoine Chevallier (Protelco), Hélène Noblecourt (France Travail), Olivier Gaillet (UNML) et Arnaud Fimat (Epide)
Augmenter le retour à l’emploi des personnes qui sont le plus éloignées du monde du travail : pour qu’elle aboutisse à des résultats qui ne sont pas encore au rendez-vous (lire notre article), cette priorité affichée des politiques publiques nécessite un travail très soutenu, ont insisté les professionnels de l’accompagnement réunis par France Travail, mardi 30 juin, à l’occasion d’un événement consacré aux dispositifs cofinancés par le FSE +.
Du côté des publics de moins de 26 ans, des évaluations ont démontré l’intérêt d’intensifier leur accompagnement, comme en témoignent les résultats positifs de la Garantie jeune puis du dispositif qui lui a succédé, le contrat d’engagement jeune (lire notre article).
Chez France Travail, 70% des jeunes suivis en CEJ retrouvent un emploi (durable ou non) dans l’année qui suit. La directrice de la mobilisation pour l’insertion des jeunes, Hélène Noblecourt, revendique un dispositif en phase avec les attentes des jeunes. "Ce qu’ils mettent en avant, c’est la disponibilité, la fréquence des rendez-vous. C’est une forme de coaching", souligne-t-elle, insistant également sur l’intérêt de pouvoir rallonger le CEJ à un an d’accompagnement. "C’est extrêmement précieux. Pour les jeunes, il faut souvent du temps."
Accompagnement global
Olivier Gaillet, directeur des opérations à l’Union nationale des missions locales, insiste aussi sur le temps long pour nouer une relation de confiance et déceler des non-dits qui entravent la réinsertion. Il insiste de son côté sur l’intérêt de l’accompagnement global et du cumul de "solutions" pour traiter différentes problématiques.
Et de donner l’exemple de Yanis, qui a rompu avec sa famille, avait des problèmes de santé et de mobilité. Un hébergement temporaire par l’Afpa, relayé ensuite par le réseau Habitat Jeunes, puis un passage à l’école de la deuxième chance lui ont permis de définir un projet professionnel : devenir conseiller en insertion socio-professionnelle.
D’où l’importance de bien connaître le maillage et les intérêts respectifs des différentes "solutions structurantes" disponibles. Ainsi, les établissements pour l’insertion dans l’emploi (Epide) s’adressent à des jeunes "demandeurs d’une structure qui les prenne en main", souligne le directeur de l’offre de services, Arnaud Fimat.
Ces structures qui s’inspirent du cadre militaire (lire notre reportage) ont aussi les faveurs de la Cour des comptes (lire notre article) et bénéficient de l’appui financier de l’État. Elles combinent un taux d’encadrement élevé (2,5 jeunes par agent) et un accompagnement "à 360 degrés", jusqu'au suivi de la santé. L’accueil en internat répond aux besoins de jeunes en rupture familiale. Aussi, les contacts fréquents avec des représentants d’entreprises permettent de mieux se projeter. A leur arrivée en Epide, "85% des jeunes n’ont pas de projet professionnel", souligne Arnaud Fimat. A la sortie du dispositif, cinq sur 10 sont en emploi durable, une part qui monte à 7 sur 10 si l’on intègre les entrées en formation.
Travail en binôme
Du côté des publics adultes, les vertus de l’"accompagnement global" ont également été soulignées. Une formule qui existe depuis quelques années à France Travail et reposait déjà, à l’époque, sur la coordination entre les conseillers de l’établissement public et les professionnels des départements plus spécialisés sur l’accompagnement social.
En Seine-Maritime, plus de 2.000 personnes bénéficient chaque année de cet accompagnement cofinancé par le FSE et qui constitue l’orientation dite "socio-professionnelle" (entre la professionnelle et la sociale). Les entretiens de démarrage se tiennent en tripartite, la personne accompagnée rencontre d'emblée les deux professionnels qui vont la suivre. "Les personnes accompagnées sont beaucoup plus réceptives aux propositions qui leur sont faites", constate Christine Delorme, directrice départementale de France Travail en Seine-Maritime. Le taux de retour à l'emploi s’établit à 42,6% à six mois pour les personnes en accompagnement global.
La cheffe de service Parcours et Actions Insertion du département de la Seine-Maritime, Elodie Lecompte, met en avant l’intérêt de ce double accompagnement dans les situations sociales difficiles en donnant l’exemple d’une jeune mère ayant des dettes de loyer, qui a bénéficié d’un accompagnement social pour obtenir une aide tout en trouvant un temps partiel au bout d’un accompagnement de sept mois. "Elle pensait qu’elle ne retravaillerait jamais", souligne-t-elle.
Immersions professionnelles
Qu’il s’agisse des jeunes ou des publics adultes éloignés du monde du travail, l’ensemble des professionnels soulignent l’intérêt des immersions professionnelles. France Travail s’associe à certains employeurs pour développer davantage ce procédé. Avec Manpower Talent Solutions, il a testé des accompagnements comprenant des immersions auprès de bénéficiaires du RSA à Villefranche-sur-Saône et à Champigny-sur-Marne.
"L'immersion permet de valider un projet sans la crainte d'un jugement, sans le cadre d'un entretien classique", souligne Isabelle Brochu, directrice de l’excellence opérationnelle chez Manpower Talent Solutions. Parmi la trentaine de personnes concernées, 40% se sont vu proposer un CDI ou un CDD de plus de six mois. "C'est un levier fondamental pour des publics qui ont souvent un parcours compliqué, une très faible confiance en eux et une représentation négative du monde de l'entreprise."
Mieux impliquer les entreprises
Les entreprises jouent un rôle clé qui dépasse leur simple fonction de recruteur. "On n'intègre pas une personne au parcours compliqué de la même manière", souligne la spécialiste. Chez Protelco, une filiale du groupe Iliad qui recrute des chercheurs d’emploi et des jeunes sur des services d’assistance téléphonique, les nouvelles recrues ont accès à un mentorat ainsi qu’à une formation.
Du côté des missions locales, Olivier Gaillet insiste lui aussi sur la qualité de l’accueil réservé par les entreprises dans ce cadre. Ce qui suppose aussi du travail. "On a malheureusement beaucoup d'entreprises qui doivent être sensibilisées à l’accompagnement", souligne-t-il, rappelant qu’après l’"accès" à l’emploi il faut aussi se préoccuper d’un "maintien" en poste.