L'AMRF s'alarme de la multiplication des agressions d'élus

Constatant une multiplication des agressions d'élus municipaux, l'Association des maires ruraux de France attire singulièrement l'attention sur l'importance de ne pas laisser les victimes livrées à leur propre sort. Las, la dernière campagne municipale a montré que l'élu pouvait aussi parfois tenir le rôle de l'agresseur. Et l'actualité souligne qu'ils ne sont malheureusement pas les seuls à figurer parmi les victimes.

"Depuis le renouvellement municipal, l'Association des maires ruraux de France constate avec inquiétude la multiplication des signalements d'atteintes à l'intégrité des élus municipaux partout en France", s'alarme dans un communiqué du 4 septembre John Billard, secrétaire général de l'association. Laquelle consulte actuellement ses adhérents afin d'objectiver ces remontées spontanées.

"Le phénomène est désormais persistant", concédait le 13 mai dernier le ministre de l'Intérieur. Il répondait alors à l'interpellation du sénateur Olivier Henno (UC), formulée à la suite de l'agression, le 8 mai, du nouveau maire de Waziers (Nord), occasionnant à ce dernier 21 jours d'ITT et une intervention chirurgicale, le tout "pour une demande de logement". 

L'impact des élections municipales

En dépit des mesures adoptées ces dernières années – plan(s) de prévention et de lutte en 2023loi du 24 janvier 2023 permettant aux associations d'élus de se constituer partie civile, loi du 21 mars 2024 renforçant les sanctions… –, le phénomène va même croissant, puisque Laurent Nuñez constatait mi-mai que plus de 1.500 faits avaient déjà été recensés depuis le début de l'année, "soit plus de la moitié du total de l'année dernière". Un mouvement qu'il attribue en partie à une dernière campagne électorale "particulièrement agitée". Début juillet, chiffres du Centre d'analyse et de lutte contre les atteintes aux élus (Calaé) à l'appui, il précisait que sur les six mois précédant le scrutin, 1.300 atteintes avaient ainsi été recensées.

Il faut encore compter avec celles intervenues lors de la proclamation des résultats et de l'installation des nouveaux élus, tenues dans un climat parfois délétère. Ainsi, si l'élu doit se garder de – certains de – ses concitoyens, il doit aussi se méfier de – certains de – ses collègues. En témoigne la condamnation, le 20 août dernier, du maire d'Arcachon, pour menaces et violences envers son opposant aux dernières élections.

Des menaces croissantes

Le risque va bien au-delà de la simple altercation qui tourne mal. Interrogées sur le sujet l'an passé par le Calaé, 62% des préfectures ayant répondu à l'enquête considéraient ainsi que les "atteintes cyber" contre les élus sont "un sujet de préoccupation". L'une d'entre elle attirait également l'attention sur "la nécessité de prendre désormais en compte le risque 'criminalité organisée'". Non sans raison, alors que "les élus locaux sont des cibles de choix pour les organisations criminelles", soulignait récemment auprès de Localtis la spécialiste des mafias Clotilde Champeyrache. En témoigne l'exfiltration fin juillet du maire d'Alès, menacé de mort par la DZ Mafia.

Le risque de l'isolement

Pour l'AMRF, interrogée par Localtis, au-delà de l'agression, c'est le sentiment d'isolement ressenti par la victime qui peut conduire à l'exaspération. Si l'association salue les dispositifs déployés ces dernières années pour accompagner les élus, elle déplore leur insuffisante mise en œuvre. "Un droit qui n'est pas connu et effectivement mobilisé reste théorique", souligne John Billard. Et d'inviter notamment à la généralisation des conventions entre associations d'élus, représentants de l'État et procureurs "afin que chaque maire connaisse ses droits et que tout élu victime puisse rapidement identifier un interlocuteur et bénéficier d'une réponse adaptée". "Un maire victime ne doit jamais rester seul", martèle-t-il.

Sapeurs-pompiers, policiers municipaux… les agents également concernés

On le sait, le phénomène est en outre loin de n'affecter que les seuls élus. Les sapeurs-pompiers ou les policiers municipaux sont, parmi d'autres agents, particulièrement concernés, comme le rappelle l'actualité. Dans un communiqué du 3 septembre, le syndicat FA-FPT Police municipale s'alarme ainsi "de la diffusion sur les réseaux sociaux de la photographie, de l’identité et de l’adresse personnelle d’un policier municipal de Margny-lès-Compiègne, mis en examen à la suite du tragique accident survenu dans l’Oise dans la nuit du 21 au 22 août" [à l'issue d'une course-poursuite après un refus d'obtempérer], dont la famille a dû être placée sous protection. "La justice doit être rendue par la justice et non par les réseaux sociaux", plaide – sans doute dans le désert – le syndicat. On relèvera au passage que les refus d'obtempérer constituent un autre phénomène en forte croissance. Là encore, l'actualité en témoigne : le 23 août, un policier municipal de Blois (Loir-et-Cher) était touché à la jambe par un véhicule dont le conducteur entendait traverser un marché en dépit de l'interdiction de circulation mise en place.

 

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