Solidarités, santé : le manifeste de l'Uniopss pour une "France forte" grâce à ses associations
À l'approche des débats sur le prochain budget comme de la campagne présidentielle, l'Uniopss fait valoir la nécessité de conforter les structures non lucratives du champ sanitaire et social et, plus largement, les solidarités. Son président a mis l'accent, le 17 septembre 2026, tant sur les fragilités actuelles des associations que sur les vulnérabilités de la société.
© @Uniopss/ Stéphane Lenoir, Daniel Goldberg et Maëliss Bouticourt
"Le moment que nous vivons est bien différent des précédentes rentrées." Ce 17 septembre 2026 devant la presse, à sept mois de l'élection présidentielle, le président de l'Uniopss (Union nationale interfédérale des œuvres et organismes privés non lucratifs sanitaires et sociaux), Daniel Goldberg, s'est exprimé avec solennité pour évoquer nos "vulnérabilités" dans cette période de "transitions démocratique, géopolitique, économique, démographique, numérique et environnementale". Il importe, dans un tel contexte, de "penser des solutions collectives, au service de tous et atteignables par chacun, plutôt que d’espérer des sauvetages individuels", a-t-il plaidé, appelant à défendre le "choix liminaire" de la solidarité. Non pas, selon lui, "une solidarité verticale, vers les plus en difficulté", mais une "solidarité horizontale, de chacun avec tous".
Des associations qui ploient sous le poids des "dépenses contraintes"
Or les associations de solidarité et de santé, que l'Uniopss présente comme "partie de la solution", font face à de grandes difficultés : "baisses des subventions, gels des budgets, coûts supplémentaires non pris en compte par les financeurs (environ 600 millions d'euros en année pleine rien que pour l’assujettissement à la taxe d’apprentissage et la régression générale dégressive unique)", a énuméré Daniel Goldberg qui appelle à "un sursaut".
L'Uniopss avait déjà alerté le Premier ministre en juin dernier sur "l’accroissement des dépenses contraintes" mettant "en danger" nombre de structures : 10% des établissements sociaux et médicosociaux du champ de l'autonomie auraient une trésorerie inférieure à 6 jours d’exploitation, des structures importantes sont actuellement en procédure de redressement judiciaire (c'est le cas de la fondation Œuvre de la Croix Saint-Simon) ou contraintes de "réduire fortement leurs activités" (Daniel Goldberg citant APF France handicap et le Secours catholique).
Sur cette situation jugée particulièrement inquiétante et plus largement sur l'avenir, l'Uniopss se prépare à auditionner, avec l'Udes (Union des employeurs de l'économie sociale et solidaire) et la CFDT Santé sociaux, les groupes parlementaires et les équipes de candidats à l’élection présidentielle.
Garantir les conditions d’un même accompagnement "quels que soient les situations et les territoires"
Pour peser dans cette campagne, l'Union associative représentant quelque 35.000 établissements diffuse son document de "rentrée sociale des associations sanitaires, sociales et médicosociales" d'analyse des enjeux politiques et budgétaires de cette fin de quinquennat. Et s'adresse surtout directement au prochain chef de l'État, dans le cadre d'un manifeste intitulé "Une France solidaire pour une France forte !" et daté par anticipation au 3 mai 2027 – soit le lendemain du second tour de l'élection.
"La France est robuste et résiliente grâce aux structures non lucratives des solidarités et de la santé", peut-on lire dans ce manifeste. L'Uniopss appelle le futur exécutif à reconnaître ces associations comme "piliers de la cohésion nationale" et à les financer à la hauteur des missions qui leur sont confiées. Cela passerait par des dotations de fonctionnement suffisantes, mais également par la création d'un fonds d'investissement dédié au secteur privé non lucratif ou encore par une "régulation publique des acteurs lucratifs dans le champ des solidarités et de la santé". L'enjeu : "que l’État et les collectivités territoriales préservent les conditions d’un même accompagnement pour toutes les personnes vulnérables, quels que soient les situations et les territoires".
"La question se pose aux pouvoirs publics, et donc aux Français, de savoir sur qui on compte pour répondre aux besoins de l'ensemble de la population dans les années à venir", met en avant Daniel Goldberg. Il estime que certains acteurs lucratifs s'implantent dans des territoires au foncier abordable mais "ne sont pas en situation, notamment par le reste à charge proposé aux familles, de répondre aux besoins de leur territoire d'implantation". L'Uniopss publie d'ailleurs une contribution aux travaux actuellement menés par la Haute Autorité de santé (HAS) sur la refonte du référentiel d’évaluation de la qualité des ESMS, en proposant notamment de mieux prendre en compte la pertinence de la réponse aux besoins du territoire.
Enfance, ESS, handicap : l'Uniopss attentive à la concrétisation budgétaire des annonces
Autres revendications portées : l'investissement dans "les métiers de l'humain" (à travers notamment une loi de programmation pour revaloriser ces métiers et améliorer les taux d'encadrement), la garantie de "l'effectivité des droits" (en généralisant "l'ouverture automatique des droits" lorsque les données administratives le permettent), la refondation du financement de notre modèle de protection sociale (avec la mise en place d'"une contribution spécifique d’acteurs privés lucratifs du secteur, assise sur les montants des bénéfices ou des dividendes"), l'élaboration d'une politique publique de la prévention (voir notre article) et une politique de logement garantissant à chacun "un habitat de qualité, accessible et adapté au changement climatique".
"On ne peut pas avoir des déclarations qui ne sont pas suivies d'effet", a conclu le président de l'Uniopss. L'Union veillera ainsi particulièrement à retrouver dans les prochains arbitrages : l'enveloppe de 90 millions d'euros promise pour accompagner la réforme dite Serafin-PH de la tarification des ESMS accueillant des enfants handicapés, les 4 milliards d'euros tout récemment promis par le chef du gouvernement pour la protection de l'enfance et la lutte contre les violences sexistes et sexuelles (voir notre article), les suites de la stratégie nationale de l'économie sociale et solidaire (ESS) dans laquelle le gouvernement s'est engagé à conforter les acteurs de l'ESS des solidarités et de la santé (voir notre article) ou encore la mise en œuvre de la nouvelle feuille de route issue de la Conférence nationale du handicap (voir notre article).