32 organisations exhortent les maires à faire de la rénovation énergétique des bâtiments publics la priorité de leur mandat

Les crises énergétique, budgétaire et climatique plaident plus que jamais pour que les maires fraîchement élus fassent de la rénovation énergétique de leurs bâtiments une priorité de leur mandat, soulignent 32 acteurs du bâtiment et de l'énergie dans un manifeste lancé le 16 avril.

À l'initiative d'Actee, filiale de la Fédération nationale des collectivités concédantes et régies (FNCCR), 32 acteurs du bâtiment et de l'énergie – parmi lesquels l'Ademe, la Banque des Territoires, la Capeb, le Cerema ou encore la Fedene – ont lancé officiellement, ce 16 avril, un manifeste exhortant les maires à faire du mandat qui s'ouvre celui de la rénovation énergétique des bâtiments publics. 

Un complément indispensable à l'électrification

Évidemment, la crise énergétique due à la guerre en Moyen-Orient fait singulièrement résonner cet appel. "Nous ne l'avions pas anticipée", confesse pour autant Dominique Ramard, vice-président d'Actee et maire de Saint-Juvat (Côtes d'Armor), en soulignant que cette dernière met en exergue "l'enjeu de la souveraineté énergétique". Un enjeu d'ailleurs également mis en avant par le Premier ministre, le 10 avril dernier, lors de la présentation, partielle, de son plan d'électrification des usages (lire notre article). "Mais électrifier les bâtiments sans les rénover, c'est faire la moitié du chemin", déplore Jean-Luc Sadorge, conseiller du comité stratégique de filière industries pour la construction (CSF IPC). "Électrifier sans rénover, c'est un mauvais signal", appuie Jacques Baudrier, président d'Ekopolis, association visant à accélérer la mise en œuvre de pratiques durables chez les professionnels du bâtiment et de l’aménagement en Île-de-France, qui espère que ce manifeste permettra de corriger le tir. Initialement, Dominique Ramard souligne que ce dernier visait à répondre à deux autres crises, avec lesquelles les nouveaux exécutifs locaux devront malheureusement toujours composer : les crises budgétaire et climatique. 

Une réponse à la crise budgétaire

Au regard de la première, la rénovation du bâtiment public, qui concentre "les trois quarts des dépenses d'énergie des collectivités, soit 10% de leurs budgets de fonctionnement, s'impose comme un levier d'action central", soulignent les cosignataires de l'appel. "Les trois quarts du coût d'un bâtiment, ce sont des coûts de fonctionnement", observe encore Dominique Ramard, soulignant ainsi l'intérêt d'investir dans la rénovation et l'efficacité énergétiques pour "les faire baisser", surtout "dans un contexte de volatilité des prix de l'énergie". Ces charges de fonctionnement sont parfois telles qu'elles en viennent d'ailleurs à remettre en question l'investissement initial, comme c'est le cas avec les piscines (lire notre article). Piscines dont les fermetures en 2022 ont montré que la rénovation énergétique est devenue dans certains cas "le garant de l'ouverture des services publics", relèvent les cosignataires.

… et aux conséquences de la crise climatique

Laurent Arnaud, chef du département Bâtiments durables du Cerema, souligne qu'"un premier jalon" est déjà posé avec l'obligation de réduire de 40% les consommations d’énergie dans des bâtiments à usage tertiaire d'ici quatre ans. Mais il importe "de ne pas oublier l'adaptation au changement climatique. Il est essentiel de tout faire d'emblée", insiste-t-il. L'an passé, d'autres fermetures – celles des écoles cette fois (lire notre article) – ont montré que la crise climatique, dans son volet adaptation, poussait elle-aussi à l'action. "L'inaction menace directement l'action des administrés", alertent les cosignataires. En l'espèce, l'enjeu est d'autant plus grand que la moitié du patrimoine bâti des collectivités est constitué par les écoles, rappelle Annabelle Barral-Guilbert, nouvelle directrice du programme ÉduRénov de la Banque des Territoires. Les collectivités sont donc plus que jamais invitées à ne pas baisser la garde en la matière, alors que la rénovation énergétique des écoles constituait déjà une de leurs priorités lors de la précédente mandature (lire notre article). Pour preuve, le programme ÉduRénov a déjà accompagné la rénovation de plus de 6.000 écoles depuis son lancement en 2023, note Annabelle Barral-Guilbert. À l'autre bout du spectre, les établissements médicosociaux ou les Ehpad constituent autant de bâtiments prioritaires.

Un soutien à l'économie locale

Enfin, les cosignataires de l'appel mettent en avant un autre bénéfice collatéral de ces rénovations : le soutien au tissu économique local. "Chaque euro investi soutient des entreprises du territoire et des emplois non délocalisables", observent-ils. Un argument auquel les acteurs du bâtiment seront évidemment sensibles, alors que la guerre au Moyen-Orient n'est pas sans menacer l'amorce d'une reprise tant espérée.

 

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