Risque inondation : passer de la gestion de crise à l’anticipation
Chaque année, plus de 3 300 communes font l’objet d’une reconnaissance de catastrophe naturelle liée à des inondations, un bilan qui risque de s’alourdir dans les années à venir faute d’action adaptée. Des solutions existent pour accompagner les collectivités locales, afin de reconstruire rapidement après la crise mais aussi imaginer des territoires plus résilients face au changement climatique.
© Thomas Gogny - Caisse des Dépôts - 2022
18,5 millions de Français exposés au risque inondation
En France, 18,5 millions d’habitants (*) sont exposés au risque d’inondation par submersion marine, débordement de cours d’eau ou remontée de nappe. Entre fin 2023 et le printemps 2024, des crues importantes ont impacté plusieurs régions françaises, en particulier les Hauts-de-France, l’Auvergne-Rhône-Alpes, la Bretagne, la Nouvelle-Aquitaine et la Corse. Les cours d’eau avaient alors atteint des niveaux historiques, sortant de leur lit et causant des dommages considérables sur la végétation, les constructions et la voirie.
Ces phénomènes, dont la fréquence et l’intensité tendent à croître, ont occasionné un bilan matériel lourd auquel s’est ajouté un important bilan humain avec neuf victimes recensées.
En sortie de crise, les collectivités concernées doivent engager rapidement des travaux de remise en état de leurs voiries, salles polyvalentes et écoles, afin de rendre fonctionnels les espaces et équipements publics. Des investissements souvent considérables, rarement anticipés.
Une mobilisation historique dans le Pas-de-Calais
Les épisodes successifs de pluie de l’année 2023/2024 ont été particulièrement critiques dans le Pas-de-Calais, dont certaines zones sont restées inondées pendant plusieurs semaines. Ce département n'avait jamais connu une crise d’une telle ampleur, avec de nombreuses infrastructures publiques rendues inutilisables.
Malgré des efforts concrets pour anticiper ces aléas, le département a vu sa vulnérabilité s’accroître en raison de politiques d’aménagement parfois inadaptées. La Banque des Territoires a mobilisé immédiatement des financements pour les travaux d’urgence, accompagnant une quinzaine de collectivités du Pas-de-Calais.
Dans ce contexte de crise, la Banque des Territoires a pu avancer les financements très vite, en attendant que les assureurs et l’État débloquent des fonds.
Après la crise, repenser le bâti pour plus de résilience
Face à une crise d'une intensité exceptionnelle, beaucoup de collectivités du Pas-de-Calais ont fait le choix de ne pas reconstruire à l'identique et de relocaliser certains bâtiments. Clairmarais en offre une illustration concrète : plutôt que de remettre en état les voiries sinistrées, la commune a engagé une transformation en profondeur, avec des chaussées submersibles et des accotements réaménagés en digues naturelles.
Dans cette commune de 579 habitants, où près de 70 foyers ont été touchés, les travaux (1,3 million d'euros) ont été financés notamment par un prêt Cohésion sociale de 350 000 euros sur 25 ans accordé par la Banque des Territoires. Un second chantier suivra sur la RD209, réaménagée pour favoriser les mobilités douces et désimperméabilisée pour améliorer la gestion des eaux pluviales. Au-delà des réponses immédiates post-sinistre, les collectivités doivent veiller à ce que les projets retenus s’inscrivent dans une démarche de résilience durable selon quatre leviers structurants :
- des actions de rétention d'eau en amont : travaux d'hydraulique douce, prévention du ruissellement, entretien des cours d'eau et canaux. Des leviers souvent accessibles, mais dont l'efficacité dépend d'une coordination à l'échelle du bassin versant ;
- une recomposition urbaine dans les secteurs les plus exposés : plutôt que reconstruire à l'identique, engager une réflexion sur le repositionnement de certains équipements ou la sanctuarisation de zones tampons ;
- une mise à jour des documents de planification : PLU, SCoT, PAPI doivent intégrer pleinement les enjeux de gestion de l'eau pour ancrer la résilience dans les choix d'aménagement ;
- une culture du risque à entretenir : le DICRIM (Document d'Information Communale sur les Risques Majeurs) reste un outil sous-exploité, alors qu’il constitue un levier de préparation collective essentiel pour informer les habitants sur les risques auxquels ils sont exposés.
Les collectivités à la manœuvre
Les climatologues s’accordent sur un point : les inondations sont appelées à s’intensifier dans les prochaines décennies en raison du changement climatique. Pour jauger des travaux les plus pertinents (et prioritaires), les élus locaux disposent d'un outil structurant : la compétence GEMAPI, Gestion des Milieux Aquatiques et Prévention des Inondations, qui leur confie une responsabilité unifiée sur ces deux volets, là où ces missions étaient auparavant éparpillées entre communes, départements et syndicats. Ce cadre structurant s’exerce à l'échelle des bassins versants, en cohérence avec la réalité hydrologique.
Pour la financer, les intercommunalités peuvent lever une taxe dédiée, plafonnée à 40 € par habitant et par an, fléchée exclusivement vers ces actions. Un levier qui ouvre également des cofinancements de l'État, des agences de l'eau ou de l'Europe. En complément, quand la prévention ne suffit plus et que certains biens sont trop exposés pour être reconstruits, le Fonds de Prévention des Risques Naturels Majeurs - dit fonds Barnier - permet d'indemniser les propriétaires pour libérer des zones à risque. Un dispositif encore peu activé par les élus locaux, mais décisif dans les territoires les plus vulnérables.
Les élus locaux connaissent parfaitement leur territoire. En s’appuyant sur les outils de prédiction à disposition, sur les études disponibles et sur les cartographies des risques, ils peuvent imaginer des infrastructures plus résilientes pour leurs projets futurs : désimperméabilisation des sols, aménagements des cours d’eau, etc.
La Banque des Territoires soutient les collectivités face au risque d’inondation
L’enjeu est sociétal mais aussi économique. On estime qu’un euro investi en prévention des catastrophes naturelles permet d’économiser 7 euros de dégâts futurs.
Ces travaux d’adaptation nécessitent des investissements, parfois lourds, que des collectivités locales peuvent avoir du mal à porter sur leurs budgets à court terme. Dans ces efforts vers des espaces plus résilients aux inondations, la Banque des Territoires met à disposition plusieurs outils de financement, sur le long terme.
- Le prêt « Transformation écologique », volet « Adaptation », qui permet de financer les investissements dans la transition environnementale. Taux : Livret A + 0,50 %. Il est remboursable sur 25 à 60 ans et peut couvrir 100 % du besoin d’emprunt. Cette maturité très longue est importante car les collectivités investissent aujourd’hui pour des retours sur le long terme.
- L’« Aquaprêt », mobilisé à hauteur d'un million d'euros dans la vallée de la Roya, lorsque la tempête Alex avait endommagé plus de 2 000 bâtiments, 50 km de routes et des centaines de kilomètres de réseaux d'eau potable. Tout a été reconstruit selon une approche préventive : matériaux résistants, intégration de zones tampons, etc.
- Le prêt « Gaïa Territorial » permet de financer l’acquisition et l’aménagement de fonciers dans le cadre d’opérations de sobriété foncière, de redynamisation urbaine ou de recyclage de friches. Il a notamment été activé à hauteur de 4,3 M € à Sophia-Antipolis, où la collectivité a investi dans la préemption de 5,5 hectares de terrains et habitations touchées par des crues. Cet espace sera sanctuarisé et transformé en espace naturel avec restauration de la biodiversité, constituant une zone tampon pour préserver le reste de la ville.
- Le prêt « Cohésion sociale », volet Catastrophes naturelles, finance la reconstruction post-crise. Mobilisable après publication de l'arrêté officiel de reconnaissance de catastrophe naturelle, il peut couvrir jusqu'à 100 % des besoins d'emprunt, au taux du Livret A + 0 % la première année, puis + 0,60 % à partir de la deuxième année. Ce dispositif a notamment été mobilisé à Mayotte après le cyclone Chido de décembre 2024. La Banque des Territoires s'est engagée à hauteur de 83 millions d'euros sur 30 ans pour financer la remise en état du réseau électrique de l'île, porté par Électricité de Mayotte (EDM), dans le cadre d'un projet total de 192 millions d'euros. Cette intervention s'inscrit dans l'enveloppe de 600 millions d'euros mobilisée par la Caisse des Dépôts pour la reconstruction de Mayotte.
Face à l'intensification des risques climatiques, la prévention des inondations ne peut plus être traitée comme une réponse ponctuelle à la crise. Elle appelle une démarche structurée, inscrite dans la durée, articulant planification territoriale, ingénierie technique et financement de long terme. En mobilisant ses outils au service des collectivités, la Banque des Territoires contribue à faire de la résilience hydraulique un axe concret de l'aménagement durable des territoires.
(*) Géorisques, réalisé en partenariat entre le Ministère de la Transition Écologique, de la Biodiversité et des Négociations Internationales sur le Climat et la Nature et l'établissement public français pour les applications des sciences de la Terre
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Marion Dejean
Cheffe de projets pour les prêts au secteur public local
Cheffe de projet à la Banque des Territoires depuis septembre 2025, Marion Dejean développe les offres de prêts en faveur de la transition écologique et de la sobriété foncière. Diplômée d’un Master d'urbanisme durable à Sciences Po Paris, elle allie expertise en finance du secteur public local et adaptation au changement climatique pour accompagner les transitions territoriales.
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Florent Wilpote
Responsable de l’appui à la relation client à la Banque des Territoires Hauts-de-France
Diplômé d'un Master en Management et Gestion des Collectivités Territoriales, Florent Wilpote a également suivi une formation à l'Institut Régional d'Administration (IRA) de Lille. Il a débuté sa carrière en tant qu'analyste risque financier à la Caisse des Dépôts, puis a occupé le poste de chargé de développement territorial. Depuis avril 2023, Florent Wilpote est responsable de l'appui à la relation clients au sein de la Banque des Territoires et pilote une équipe de 12 chargés de relations clientèle, tout en renforçant les partenariats et en contribuant au développement des territoires.