Investissements pour la décarbonation : les collectivités tiennent toujours leur rang, selon I4CE

Avec 8,6 milliards d’euros en 2024,  soit une augmentation de 59% en valeur depuis 2014, et de 33% en volume, les investissements des collectivités en faveur de la décarbonation des transports, des bâtiments et de l’énergie sont ceux qui ont progressé le plus rapidement, toutes politiques confondues, souligne une nouvelle étude de l'Institut de l'économie pour le climat (I4CE) publiée ce 16 octobre.

Si la décarbonation ne progresse pas suffisamment vite en France, ce n'est pas la faute des collectivités. Une nouvelle étude de l'Institut de l'économie pour le climat (I4CE) publiée ce 16 octobre montre qu'en une décennie et parmi tous leurs investissements, ce sont ceux en faveur de la décarbonation dans les secteurs des transports, des bâtiments et de l’énergie qui ont progressé le plus rapidement. En 2024, dernière année consolidée, les investissements des collectivités pour la décarbonation se sont établis à 8,6 milliards d’euros, soit une augmentation de 59% en valeur depuis 2014, et de 33% en volume, souligne l'étude du think tank.  La part des investissements dédiés à la décarbonation dans les dépenses d’investissement totales des collectivités est ainsi passée de 9,1% en 2014 à 10,4 % en 2024.

Progression hétérogène selon les secteurs 

Par secteurs, l'étude note toutefois une progression hétérogène. Les investissements dans les transports collectifs ont connu une augmentation discontinue sur la période. Ils sont passés de 3,5 milliards d’euros en 2014 à 5,7 milliards d’euros en 2024, soit une augmentation de 63%, cette évolution s’inscrivant "en cohérence avec les variations des investissements du bloc communal liées au cycle électoral", souligne l'étude. Ceux dans la rénovation énergétique des bâtiments publics ont été multipliés par plus de deux sur la période, grâce une augmentation significative en 2021 (+32%) et 2022 (+28%) sous l'effet notamment des plans de relance locaux et nationaux mis en place à la sortie de la crise sanitaire, mais aussi d'une hausse importante des prix dans le secteur. Les investissements dans les infrastructures cyclables ont pour leur part diminué en moyenne de 3% par an sur la période tandis que ceux en faveur de l’électrification des véhicules ont été multipliés par plus de huit en 2024 par rapport à 2014, soit la plus forte hausse de l’ensemble des secteurs. Ceux pour l’efficacité énergétique de l’éclairage public ont été multipliés par deux sur la période. Enfin les investissements dans les réseaux de chaleur en régie ont connu une évolution hétérogène quoique légèrement à la baisse sur la période.

Tous les échelons de collectivités ont contribué à la hausse

Tous les échelons de collectivités ont augmenté leurs investissements en faveur de la décarbonation sur la période 2014-2024, à des niveaux et des rythmes différents. Le bloc communal – les communes, les intercommunalités et leurs syndicats -, dont les investissements sont passés de 3,3 milliards d’euros en 2014 à 5,3 milliards d’euros en 2024, en a réalisé les deux tiers, principalement dans les transports en commun urbains, la rénovation énergétique de ses bâtiments, dont les écoles, les aménagements cyclables et l’efficacité énergétique de l’éclairage public.  Avec des montants passés de 1,7 milliard d’euros en 2014 à 2,7 milliards d’euros en 2024, les régions ont réalisé 27% des investissements des collectivités en faveur de la décarbonation, presque exclusivement dans le transport ferroviaire et la rénovation des lycées. Mais contrairement aux autres échelons, la part de la décarbonation dans leurs investissements a légèrement diminué (18% en 2024 contre 19% en 2014), relève l'étude. Les départements ont porté quant à eux moins de 10% des investissements des collectivités en faveur de la décarbonation. "Cette part modeste s’explique par la nature de leurs compétences et de leur budget : les départements investissent moins que les autres échelons de manière générale et leur premier poste d’investissement concerne la voirie, un secteur qui ne relève pas des investissements climat", précise I4CE.

Des investissements 2024 tirés par les transports

En 2024, les investissements des collectivités pour la décarbonation ont augmenté de 10% en valeur comme en volume par rapport à 2023, grâce à l’effort réalisé par les autorités organisatrices des mobilités (AOM) du bloc communal dans les transports en commun urbains et les régions dans le matériel roulant ferroviaire. Les investissements ont en revanche stagné dans la rénovation énergétique des bâtiments et l’électrification des véhicules. Et ils ont diminué de moitié dans les aménagements cyclables. "D’après les premières données disponibles pour 2025, année marquée par une contribution des collectivités au redressement des finances publiques, les investissements pourraient continuer de stagner voire diminuer dans la plupart des secteurs", estime I4CE.

Une équation financière appelée à se complexifier

"Pour atteindre les objectifs de la Stratégie nationale bas-carbone (SNBC), les collectivités doivent maintenir leur niveau d’investissement dans les transports collectifs et l’efficacité énergétique de l’éclairage public, accélérer leur effort dans l’électrification des véhicules et relancer la dynamique d’investissement dans les aménagements cyclables et la rénovation énergétique de leurs bâtiments", souligne le think tank.

Alors que les besoins d’investissement et les enjeux de financement sont propres à chaque échelon et même à chaque collectivité, selon leur patrimoine, leurs compétences, leur situation financière et les leviers dont ils disposent, rappelle-t-il, l’équation financière est d’autant plus complexe que l’urgence de réduire le déficit public est forte, à l’heure où une contribution des collectivités est une nouvelle fois attendue dans le projet de loi de finances initial pour 2027. "Le bloc communal devra en outre veiller à ce que le ralentissement habituel des investissements observé en début de mandat ne soit pas incompatible avec la programmation et l’accélération de ses investissements en faveur de la décarbonation", prévient I4CE.

Etat et collectivités doivent donc agir de concert, appuie l'étude, le premier "en renforçant la clarté et la visibilité des mesures de contribution au redressement des finances publiques et en envoyant les bons signaux budgétaires pour orienter et soutenir les efforts des collectivités". Celles-ci sont invitées à "prioris[er] leurs projets d’investissement au regard de l’urgence climatique" et à "s’appuy[er] sur l’ensemble des leviers de financement existants (fiscalité locale, recettes tarifaires, emprunt, CEE, …)".

 

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