Les élus de la montagne se tournent vers l'élection présidentielle
Quelques jours après le congrès de l'Anem à Gex, le nouveau trio à la tête de l'association a présenté ses priorités pour la mandature 2026-2028, mardi 3 novembre. Les élus s'attèlent à la rédaction d'un "livre blanc" destiné aux futurs candidats à l'élection présidentielle. Ils appellent à un "pacte pour la montagne", afin de répondre à des "mutations d'une ampleur inédite".
© M.T/Justine Gruet, Frédérique Espagnac et Xavier Roseren
Après avoir oeuvré pour un acte III de la loi Montagne, l’Association nationale des élus de la montagne (Anem) se tourne vers l’élection présidentielle. Elle travaille à un "livre blanc" qui sera présenté à chaque candidat "au mois de janvier", a indiqué sa nouvelle présidente, la sénatrice des Pyrénées-Atlantiques Frédérique Espagnac (PS), lors d’une conférence de presse, le 3 novembre. Cette dernière a été élue à la tête de l’association lors de son 42e congrès à Gex (Jura), au mois d’octobre, succédant au député de la Haute-Loire Jean-Pierre Vigier (Droite républicaine) dont le mandat a surtout été marqué par la promulgation de cet acte III, avec la loi du 18 août 2026 pour une montagne vivante et souveraine. "Obtenir la promulgation de ce texte en seulement quatre mois relevait du défi, particulièrement dans un contexte politique actuel marqué par l’instabilité et l’absence de majorité à l’Assemblée nationale", s’était félicité le député, lors du congrès de Gex.
Un manifeste
Saluant le travail de "coconstruction" qui a prévalu dans l’élaboration de ce texte resserré autour de 19 articles (lire notre article), Frédérique Espagnac souligne le "rôle décisif" du Premier ministre pour en accélérer le vote, dans un calendrier parlementaire surchargé, sachant que la plupart des dispositions sont d’application directe. Très peu de décrets seront en effet nécessaires. Parmi ceux-ci, l’un fait l’objet d’échanges avec la ministre de l’Aménagement du territoire et des collectivités Françoise Gatel. Il s’agit de définir des règles spécifiques à la gestion des torrents qui aujourd’hui sont placés sous le même régime que les grands fleuves. Il sera à l’ordre du jour de la prochaine réunion du Conseil national de la montagne (CNM) programmée au mois de décembre. Il y sera aussi question des décrets d’application de la loi d’urgence pour la protection et la souveraineté agricoles, sur la gestion du loup et de l’organisation des Jeux olympiques de 2030.
Pour cette nouvelle mandature 2026-2030, le nouveau trio à la tête de l’Anem – qui, outre Frédérique Espagnac, comporte Xavier Roseren, secrétaire général et député Horizons de Haute-Savoie, et Justine Gruet, députée LR du Jura, vice-présidente – réclame une "stratégie nationale" à la hauteur des enjeux. "Baisse des finances publiques, effets du changement climatique, recul des services publics, précarité énergétique, les territoires de montagne connaissent des mutations d’une ampleur inédite", soulignent-ils dans un communiqué. Dans un manifeste adopté à l'unanimité lors de leur dernier congrès, les élus demandent une suite au programme Avenir montagne lancé en 2021 auprès de 61 territoires pour travailler sur leur diversification économique. Ce programme a apporté une "aide en ingénierie sur les réflexions à mener", il manque "un deuxième étage de la fusée" afin de "réaliser les investissements qui avaient été fléchés", plaide Frédérique Espagnac, tout en soulignant le "travail remarquable" mené par la Banque des Territoires qui déploie en ce moment son propre programme Territoires de Montagne (lire notre article).
Habitabilité
L’adaptation au changement climatique est une des priorités de l’association qui a delà travaillé sur le sujet, en partenariat avec le CNM, dans un rapport remis au gouvernement cet été. L’Anem demande "à court terme" le lancement de plans d’adaptation pluriannuels par massif, mobilisant le Fonds Barnier et le Fonds vert, avec un fléchage spécifique pour les territoires de montagne. "A moyen terme", il s’agit de faire des zones de montagne "des territoires refuges", insiste Xavier Roseren. "Il va falloir qu’on gère cette dynamique en faveur de l’habitabilité", précise-t-il, en écho à l'engouement que suscite la montagne avec la multiplication d'étés de fortes chaleurs. Pour Justine Gruet, cette notion d’habitabilité doit se comprendre dans un sens très large : "lutte contre la précarité énergétique, logement permanent, décarbonation des mobilités, solidarités entre générations, accès aux soins".
Avec son livre blanc, l’Anem souhaite que les futurs candidats puissent s’engager pour un véritable "pacte pour la montagne". Les élus souhaitent un ministre dédié à la montagne et des référents au sein des préfectures afin d’assurer la "différenciation" sur le terrain. D'ici là, l'association aura fort à faire avec le budget, notamment pour préserver le remboursement des cures thermales une nouvelle fois mis en danger.