Mobilités : l'Union des transports publics et ferroviaires trace la route des futurs élus locaux

Afin d'aiguiller les futurs élus locaux dans la conduite de leur mandat, l'Union des transports publics et ferroviaires (UTPF) publie huit recommandations "pour répondre aux attentes des citoyens en matière de mobilité".  Au menu, sûreté, tarification, circulation / verdissement des bus, urbanisme ou encore logistique.

À l'approche des élections municipales et intercommunales, l'Union des transports publics et ferroviaires (UTPF) vient de dresser dans un livret-manifeste huit recommandations aux futurs élus locaux "pour répondre aux attentes des citoyens en matière de mobilité", lesquelles ont par ailleurs  fait l’objet d’un sondage (voir encadré).

Penser la mobilité au niveau du bassin de vie

Relevant que la mobilité des Français "ne se borne pas toujours aux seules barrières administratives des actuelles autorités organisatrices de la mobilité (AOM)", les futurs élus sont invités à renforcer le dialogue entre toutes les AOM d'un même bassin de vie, leurs habitants et leurs employeurs, notamment via les contrats opérationnels de mobilité dont elle déplore qu'ils soient "trop peu nombreux".

Assurer la sûreté des transports aux côtés des opérateurs 

Alors que la sûreté est "une attente extrêmement forte" des voyageurs, mais aussi des personnels – comme l'ont montré les débats lors des dernières rencontres nationales du transport public (RNTP - lire notre article du 5 novembre dernier) –, les futurs élus locaux sont invités à signer des conventions de partenariat avec les opérateurs locaux afin que les agents de police municipale puissent intervenir sur le réseau.

Accompagner la mobilité des seniors

Alors que le nombre de personnes âgées de 75 à 84 ans devrait passer de 4 à 6 millions entre 2020 et 2030, l'UTPF préconise aux futurs élus de s'inspirer des bonnes pratiques déjà déployées pour adapter l'offre de transports aux aînés afin que "le renoncement à la conduite ne soit pas synonyme d'assignation à résidence pour ces générations qui ont grandi avec la voiture". Et de renvoyer vers le guide qu'elle a récemment publié en la matière avec le Gart et France Silver Eco (lire notre article du 7 novembre dernier). 

Utiliser le levier tarifaire pour financer l'offre

Afin de permettre le "choc d'offre" de transports publics, l'UTPF sensibilise les futurs élus à la nécessaire utilisation d'un levier tarifaire (comme aux RNTP – lire cet autre article du 5 novembre 2025), qu'elle juge trop peu actionné. "Les deux tiers des voyages sur des réseaux de transport public urbain sont déjà effectués avec des titres à tarifs réduits, voire gratuits", rappelle-t-elle. "Il est juste que les voyageurs, au même titre que les autres contributeurs, prennent part à l'effort de financement du choc d'offre", ajoute-t-elle, en relevant que ces derniers ne contribuent que faiblement (15%) au financement du transport urbain, loin derrière les collectivités (31%) et plus encore derrière les employeurs (52%), "premiers contributeurs […] même si cela est très peu su par nos concitoyens". Une première place qui ne devrait pas être remise en cause, l'UTPF appelant par ailleurs à permettre de relever le plafond du versement mobilité – à la charge des employeurs – "pour les AOM urbaines ayant des projets d'augmentation de l'offre de transport public".

Anticiper la transition énergétique

Si les AOM "ont déjà engagé le verdissement de leur flotte" de bus, observe l'UTPF, cette dernière alerte sur les "coûts importants" que cela entraîne pour les collectivités, tant "à l'achat que sur l'ensemble de leur cycle de vie". Aussi, alors que le règlement européen sur les émissions de CO2 des véhicules lourds (lire notre article du 6 juin 2024) impose sous peu l'achat exclusif de bus électriques ou à hydrogène, l'UTPF recommande aux futurs élus de se saisir du dispositif CEE mis en place fin 2023 (lire notre article) par le gouvernement pour aider les collectivités à sauter le pas. Un dispositif bonifié en 2025 (lire notre article du 7 janvier 2025), et dont la fiche a été récemment modifiée.

Favoriser la circulation des bus

Le gain de temps étant le "premier motif d'incitation à l'usage du transport public", l'UTPF appelle les futurs élus à favoriser la circulation des véhicules de transport public, via le développement de sites propres, de plans de circulation… ou en prenant garde à ne pas la pénaliser (prévenir les détours et demi-tours en zone contrainte, réduire les distances inter-arrêts…). Leur attention est notamment attirée sur le développement croissant de voiries communes au transport public et aux vélos, qui affaiblissent la vitesse commerciale des bus (laquelle n'a de cesse de se réduire dans les grandes villes – lire notre article du 5 février 2024).

Mettre en cohérence urbanisme et mobilités

Afin d'éviter des déplacements trop longs pour les habitants et trop complexes – et coûteux – à organiser pour les AOM, l'UTPF recommande aux futurs élus de "penser tout projet d'urbanisme à l'aune de l'offre de transports publics existante ou en projet". Elle préconise ainsi un "urbanisme mixte sur le plan fonctionnel", regroupant les fonctions d'habitat, de travail et de loisirs, plutôt que "des ensembles de logements individuels peu denses et éloignés du transport public" qui "enferment leurs habitants dans des pratiques centrées autour de la voiture individuelle" ou "l’installation des entreprises dans des zones d’activité éloignées des zones d’habitation et du centre de l’agglomération, motivée par un foncier attractif". Cela génère en effet selon elle "des difficultés pour les réseaux de transport, mais aussi des difficultés à recruter pour les entreprises et à répondre aux offres d’emplois pour de potentiels salariés non motorisés".  

Intégrer la logistique urbaine et le fret ferroviaire

Afin de lutter contre les nuisances générées par la multiplication des camions sur les routes et les rues, l'UTPF appelle les futurs élus locaux à la rescousse pour encourager le report modal vers le rail – et les véhicules légers sur les derniers kilomètres. En particulier, ils sont invités à promouvoir auprès des chargeurs les aides nationales existantes pour raccorder les nouvelles zones logistiques au réseau ferroviaire "par une installation terminale embranchée". Et plus largement à promouvoir le transport ferroviaire tant de marchandises que de voyageurs auprès de l'ensemble des parties prenantes. Des préconisations qui pourraient être complétées par celles récemment émises par le nouveau rapport Idrac / Jean sur la logistique urbaine durable (lire notre article du 6 février).

Les transports, un enjeu "pas prioritaire" mais néanmoins important"

Du sondage conduit par CSA research pour l’UTPF — auprès d’adultes résidant dans des communes de plus de 20.000 habitants seulement —, il ressort en premier lieu que si les transports publics n'arrivent qu'en 7e position des priorités des sondés pour les municipales (10% les citent en 1re ou 2e position) — très loin derrière la sécurité (43%), le niveau des impôts locaux (23%) et l’offre de soins (22%) —, ils n’en constituent pas moins un enjeu "important" pour la grande majorité d’entre eux. Et cette importance se fait d’autant plus grande avec la taille des agglomérations. 

L’étude enseigne également que, pour les personnes interrogées, les axes d’amélioration prioritaires en la matière sont : une offre renforcée (43%) ; plus de sécurité (34%) ; une meilleure ponctualité (26%) ; plus de propreté (24%) ; une meilleure accessibilité (23%) ; une meilleure intermodalité vélo/train/bus (20%). Autre éclairage : si le renforcement "significatif" de l’offre apparait être un levier dans la réduction de l’usage de la voiture en ville pour une majorité de répondants, ce sont surtout ceux vivant dans les agglomérations de 100.000 à 200.000 habitants qui se disent prêts à franchir le pas.

 

Voir aussi

Abonnez-vous à Localtis !

Recevez le détail de notre édition quotidienne ou notre synthèse hebdomadaire sur l’actualité des politiques publiques. Merci de confirmer votre abonnement dans le mail que vous recevrez suite à votre inscription.

Découvrir Localtis