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Une rentrée à haut risque sur le front de l’emploi

Depuis la sortie du confinement et la reprise d’activité très progressive, voire nulle pour certains secteurs, les scénarios les plus sombres pour le deuxième semestre se dessinent avec une très probable forte hausse du chômage. Si le gouvernement d’Édouard Philippe s’est rapidement emparé du sujet en prévoyant des amortisseurs, celui de Jean Castex devra s’assurer du succès des divers plans prévus et généreusement financés. Reste à savoir si les entreprises s’en saisiront, ce qui dépend au final du dynamisme de l’économie qui ne se décrète pas.

Sous perfusion depuis le début de la crise sanitaire, les entreprises sont loin d’être sorties du marasme dans lequel les a plongées le confinement, alors que la reprise de l’activité reste poussive et quasi nulle pour des pans entiers de l’économie à l’instar de l’événementiel, l’aérien, l’aéronautique, l’automobile, la culture et dans certains territoires l’hôtellerie/restauration. Les derniers chiffres du chômage préfigurent d’ores et déjà une rentrée à haut risque sur le front de l’emploi. En effet, le nombre de demandeurs d'emploi en catégorie A (sans emploi) a augmenté de 24,5% (+ 815.500) au cours du second trimestre de 2020 et de 22,7% sur un an, soit 4,15 millions de personnes pointant à Pôle emploi. Toutes catégories confondues, le nombre de personnes à la recherche d’un emploi s’élève à 5,8 millions (+ 6,7% en un trimestre et + 4,2% sur un an).

Des amortisseurs pour éviter les licenciements

Tout l’enjeu pour l’État consiste par conséquent à continuer à rester au chevet des entreprises pour les aider à passer le cap sans licencier ou le moins possible et soutenir l’économie avec un massif plan de relance boosté par les financements européens qui sera dévoilé fin août, a indiqué le gouvernement lors de la première conférence du dialogue social organisée le 17 juillet en présence des tous les partenaires sociaux. Parmi les amortisseurs mis en œuvre par l’État, la prise en charge d’une partie des salaires a donné aux entreprises une bouffée d’oxygène dont elles se sont saisies massivement. Ainsi, plus de 9 millions de salariés ont été placés en activité partielle et à fin juin, 4,5 millions l’étaient encore, indiquait la Dares le 21 juillet, soit environ le quart des salariés du privé. Mais le généreux dispositif ne pouvait évidemment pas se poursuivre indéfiniment. Deux ajustements ont été opérés en juin pour réduire progressivement le montant des indemnités. Le deuxième ajustement présenté fin juin prolonge de trois mois le dispositif de droit commun, soit jusqu’au 30 septembre 2020, et crée un deuxième régime d’activité partielle dit de "longue durée" pour les entreprises faisant face à une baisse durable de leur activité.

Nouveau dispositif d’activité partielle de longue durée

Alors que les professionnels du tourisme ont obtenu fin juillet une poursuite du chômage partiel jusqu’au 31 décembre 2020, la nouvelle ministre du Travail, de l’Emploi et de l’Insertion, Élisabeth Borne, a profité d’un déplacement chez Safran à Vélizy-Villacoublay (Yvelines) le 30 juillet pour présenter le nouveau dispositif d’activité partielle de longue durée (APLD) prévu jusqu’au 30 juin 2022 et acté dans un décret du 28 juillet 2020. "Cette mesure, qui a vocation à prendre le relais sur le dispositif de chômage partiel, permet à une entreprise confrontée à une réduction durable de son activité de diminuer l’horaire de travail de ses salariés (sans dépasser 40%), en contrepartie d’engagements en matière de maintien dans l’emploi et de formation", précise le ministère du Travail. Le salarié reçoit de son employeur environ 70% de sa rémunération brute et l’employeur perçoit de l’Etat 60% de la rémunération horaire brute dans la limite de 4,5 Smic pour les demandes effectuées avant le 1er octobre 2020 (56% ensuite). 

1,5 milliard d’euros pour la formation

L’État met aussi dans la balance la formation pour inciter les entreprises à accroître les compétences de leurs salariés pendant cette période creuse, avec en ligne de mire la préparation aux activités en lien avec la transition écologique, axe du plan de relance, comme l’a indiqué le Premier ministre le 15 juillet, annonçant 1,5 milliard d’euros pour la formation et la création de 200.000 places supplémentaires en 2021.  

De quoi rassurer les acteurs de la formation professionnelle qui s’adaptent tout doucement à la réforme entrée en vigueur le 1er janvier 2019. Mais alors qu’ils avaient souligné les faiblesses financières du dispositif lors de leur université d’hiver à Biarritz, Stéphane Lardy, le directeur général de France compétences, s’est montré rassurant fin juillet en annonçant à Localtis que "malgré la crise, nous trouverons les moyens de financer les contrats", tout en reconnaissant l’impact de la crise sanitaire sur la nouvelle instance de gouvernance nationale de la formation professionnelle et de l’apprentissage, dont les recettes vont fondre de 1 milliard d’euros en 2020.

"Ne laisser aucun jeune sur le bord de la route"

Aussi, dès la fin avril, l’accès au FNE-Formation avait été élargi de manière à l’ouvrir à toutes les entreprises en activité partielle, même rétroactivement. Le dispositif a de plus bénéficié d’une enveloppe supplémentaire de 500 millions d’euros. Début juin, ce FNE "renforcé" a été rendu accessible aux formations en présentiel et aux salariés sortis du chômage partiel.  

Par ailleurs, après le succès du démarrage de l’application Mon compte formation fin 2019, de nouvelles possibilités d’abondement du CPF (compte personnel de formation) entrent progressivement en vigueur. Après Pôle emploi en juillet pour les demandeurs d’emploi, les employeurs pourront également compléter si nécessaire le reste à charge d’une formation en septembre et les régions probablement en octobre.

Reste que la plus grande inquiétude au plus haut sommet de l’État depuis la crise économique consécutive à la crise sanitaire concerne les conséquences sur les jeunes. Après un appel aux entreprises pour sauver la génération post-Covid lancé par Muriel Pénicaud et Julien Denormandie le 18 juin, le nouveau gouvernement tout juste formé a sorti l’artillerie lourde le 23 juillet avec le plan "1 jeune, 1 solution" qui met 6,5 milliards d’euros sur la table pour "ne laisser aucun jeune sur le bord de la route". Tous les dispositifs en sortent renforcés, au premier rang desquels l’apprentissage, dont Emmanuel Macron a fait l’une de ses priorités.

Plan de sauvetage de l’apprentissage

L’enjeu pour le gouvernement est de maintenir en 2020 le niveau de recrutements atteint en 2019, en hausse de 16%, soit 485.000 apprentis, "du jamais vu en France", avait souligné Muriel Pénicaud. Redoutant un effondrement de l’apprentissage à la rentrée faute d’avoir pu tenir des portes ouvertes dans les CFA au printemps et sans visibilité d’activité des entreprises, les directeurs de CFA ont alerté dès avril le gouvernement sur la fragilité du secteur qui a été confirmée en juillet par une enquête de la Fnadir (Fédération nationale des associations régionales des directeurs de CFA). Celle-ci révèle une perte de ressources des CFA de 10% en moyenne et une baisse de leur trésorerie de 32% en 2020 par rapport à 2019. Mais dès début juin, le gouvernement s’était saisi du sujet et avait annoncé un plan de sauvetage de l’apprentissage doté d’une enveloppe de 1 milliard d’euros avec comme mesure phare une "aide exceptionnelle" de 5.000 euros pour l’embauche d’un apprenti mineur et de 8.000 euros pour un majeur recruté entre le 1er juillet 2020 et le 28 février 2021. Initialement réservé aux diplômes du CAP à la licence Pro, le dispositif a été élargie aux Master dans le cadre du plan jeune, qui accorde également une large place à l’insertion professionnelle des jeunes éloignés de l’emploi et aux décrocheurs scolaires.

Autant de mesures qui, aussi incitatives soient-elles, ne porteront leurs fruits qu’à la condition que la reprise économique soit au rendez-vous. Reste à savoir si "les entreprises joueront le jeu", analyse Bernard Barbier. Pour le directeur de Défi métiers, "tout se jouera à la rentrée".

 

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