France urbaine : des solutions "à portée de ville"

A l'occasion de son 10e anniversaire, l'association a publié un corpus de 15 priorités et 60 propositions représentant à la fois une feuille de route pour le nouveau mandat municipal et intercommunal et une contribution au débat en vue de l'élection présidentielle.

Le 1er octobre, élus de grandes villes, métropoles et agglomérations se réunissaient à Paris pour célébrer les dix ans de leur association France urbaine. Le 1er octobre… donc le même jour que la présentation en Conseil des ministres du projet de loi de finances pour 2027, dont des éléments avaient été dévoilés la veille au Comité des finances locales. Le sujet fut évidemment présent durant cette Journée nationale. Depuis le discours d'ouverture du maire de Paris, Emmanuel Grégoire – selon qui "rien ne va" dans ce projet de budget, pour lui "l'ampleur des économies demandées au bloc local aura un effet récessif" –, jusqu'au discours de clôture de Françoise Gatel répondant aux interpellations de Jean-Luc Moudenc, le président de France urbaine (sur cet échange, voir notre article de jeudi).

Mais la portée de ce rendez-vous se voulait plus large, afin d'embrasser quelques-unes des priorités du nouveau mandat municipal et intercommunal. Des priorités également détaillées dans une "feuille de route" rédigée au terme d'une "vaste consultation" menée cet été auprès des membres de France urbaine, tel que l'a précisé Nathalie Appéré, première vice-présidente.

Ce document transpartisan fait de France urbaine la première grande association d'élus locaux à livrer une plateforme de propositions destinée aux candidats ou futurs candidats à l'élection présidentielle. Soixante propositions au total, portant sur la cohésion sociale, la souveraineté écologique et industrielle, les finances locales et la commande publique, les institutions locales... Et quinze enjeux placés en tête : climat et ressources stratégiques ("faire des villes le creuset de la transition écologique"), sécurité, logement, mobilités, éducation, santé, transition démographique, économie, commerce et rénovation urbaine, aménagement du territoire, Europe, décentralisation, services publics, intelligence artificielle.

Autorités organisatrices de la transition écologique et solidaire

Au fil de ces divers enjeux, une demande ou attente émerge, déjà formulée l'an dernier lors de la précédente journée de France urbaine (voir notre article d'octobre 2025) : faire des grandes agglomérations des "autorités organisatrices de la transition écologique et solidaire", des "AOTES", sur le modèle des AOM (mobilités) ou AOH (habitat), mais sur un spectre nettement plus large. Avec les compétences – ou outils de gouvernance – et les moyens qui découleraient de cette reconnaissance du rôle joué aujourd'hui par les métropoles et grandes agglomérations.

France urbaine rappelle que "93% de la population vit dans l’une des 699 aires d’attraction des villes". Les élus membres de l'association représentent pas moins de "30 millions d'habitants" et, à travers l'intercommunalité, environ "2.000 communes", y compris des communes rurales, a de même souligné Jean-Luc Moudenc.

De ce fait, "les métropoles, agglomérations et bassins de vie urbains sont en première ligne face aux grands défis du pays, du logement aux mobilités, de la cohésion sociale à l’adaptation climatique". "Les territoires urbains constituent un moteur essentiel du développement, de l’innovation", affirme encore l'association. D'où la formule de Nathalie Appéré: "Les solutions sont à portée de ville." Et la maire de Rennes d'évoquer la grande ville comme lieu où l'on travaille, étudie, se soigne, se cultive – et ce, même quand on n'y réside pas. "La métropole est utile à tout le monde, on a tous besoin de la métropole", a appuyé l'ancienne ministre Marylise Lebranchu.

"Nous ne sommes pas le parti des métropoles", a insisté Jean-Luc Moudenc, mettant en avant les évidentes "complémentarités" urbain / périurbain / rural… et la désormais fameuse "alliance des territoires" portée de longue date par l'association, notamment par son ancienne présidente Johanna Rolland (voir notre interview du 26 septembre). Ces notions auront été présentes tout au long de la journée. Y compris d'ailleurs dans les propos de Marylise Lebranchu rappelant que l'ambition initiale des conférence territoriales de l'action publique (CTAP) imaginées avec la loi Maptam avait justement été, sous copilotage Etat-région-interco, d'organiser ces complémentarités avec "la troisième couronne" et le rural.

Métrophobie

Pourtant, "la métrophobie" reste "puissante", constate l'universitaire Arnaud Brennetot. Certes, dans les faits, "les inégalités ne sont pas entre les métropoles et le reste du pays" et le cœur des métropoles connaît des phénomènes de pauvreté. Plusieurs élus ont d'ailleurs tenu à le souligner. Dont Jérôme Marbot, le nouveau maire de Pau, relevant que la ville-centre accueille souvent "les brisés de la vie" (la vie périurbaine resterait plébiscitée mais "quand survient un divorce, un problème de santé ou le vieillissement, on revient en centre-ville", a-t-il schématisé). D'où des difficultés spécifiques. Mais selon Arnaud Brennetot, la seule façon de contrer le métropole bashing est de faciliter l'accès de tous les habitants des territoires environnants au coeur urbain : mobilités, logement étudiant, accueil de la patientèle des CHU, etc. D'autres ont pour leur part surtout insisté sur la notion de métropoles polycentriques – "miser sur les centres-bourgs pour réduire les déplacements pendulaires" (Pau), "développer des antennes universitaires dans les villes moyennes" (Jean-François Debat, maire de Bourg-en-Bresse)…

Quelles complémentarités, quelles échelles d'action ? Ces questionnements semblent prendre une dimension nouvelle du fait du changement climatique et de ses conséquences. Notamment s'agissant de l'eau. Et puis les épisodes caniculaires de l'été sont venus interroger l'"habitabilité" de certains cœurs de ville. Il en a évidemment beaucoup été question. Que ce soit par exemple par la voix du maire de Rouen, Nicolas Mayer-Rossignol, parlant d'une "situation gravissime" et de la nécessité de "déclarer l'état d'urgence climatique", ou par celle du maire de Bordeaux, Thomas Cazenave, bien placé pour considérer que "nos villes doivent changer très vite" et qu'il va falloir "requestionner certaines règles" (en matière de patrimoine, de gestion de l'espace public…). Et d'autres de souligner la nécessité de considérer le changement climatique de façon globale, en n'oubliant pas ses conséquences en matière d'inondations, de tempêtes ou de recul du trait de côte. Mais "en arrêtant d'avoir une vision centralisée" des choses, a prévenu Patrice Vergriete, le maire de Dunkerque, se plaignant de devoir, en matière d'inondations, appliquer chez lui "des lois qui ont été faites pour la Charente-Maritime !".

Un absent notable dans les échanges : le département, que l'association Départements de France aime à définir comme la collectivité des "solidarités sociales et territoriales", et à ce titre un acteur pivot du lien avec le monde rural, n'aura semble-t-il pas été mentionné une seule fois.

 

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