Sécurité : "Faire davantage entendre la voix de la prévention"
Le Forum français pour la sécurité urbaine (FFSU) organisait à Quimper, les 27 et 28 mai derniers, la 9e édition de ses assises de la sécurité des territoires. Elizabeth Johnston, déléguée générale de la FFSU, revient pour Localtis sur l'événement et les principaux enseignements qu'elle en retire.
© Patrick Kedzia/ Elizabeth Johnston
Localtis : Au sortir des 9e assises de la sécurité des territoires, que retenez-vous ?
Elizabeth Johnston : D'abord, que cette première grande réunion tenue après le renouvellement des conseils municipaux a montré l'importance – et l'urgence – des enjeux de sécurité pour les villes, rendant les prises de postes des élus particulièrement difficiles. Plus que jamais, la mise en action doit être immédiate ! Elle est pourtant d'autant moins aisée qu'elle s'inscrit dans un paysage institutionnel lui aussi compliqué, avec des demandes de plus en plus pressantes des habitants en ce domaine et un secteur associatif en difficulté. Sans parler de celles que rencontrent un certain nombre de collectivités elles-mêmes. Le dernier week-end a offert un nouvel exemple, avec les événements liés au match du PSG qui ont mobilisé les équipes bien au-delà de Paris. C'est bien évidemment davantage le cas encore avec les violences liées aux usages et au trafic de drogues, qui ont beaucoup nourri les discussions. Je pense en particulier à la ville de Nantes, particulièrement touchée, avec deux morts en dix jours, ou à la situation dans les Antilles. Les témoignages des villes de Fort-de-France et du Lamentin m'ont apparu particulièrement frappants. Notamment le lien tiré avec la situation très dégradée des services publics, sujet qui est également revenu tout au long de ces deux jours. Au premier chef, ceux de la santé et de l'éducation. La question de la santé mentale – qui constituait par ailleurs la grande cause mise cette année à l'honneur par notre prix de la prévention de la délinquance – a été singulièrement mise en avant pendant les travaux. Avec le constat partagé d'une absence de réponses ou, à tout le moins, de l'inadéquation de ces dernières pour répondre aux difficultés. De manière générale, on constate que l'importance de la prévention est soulignée dans les discours, mais que les moyens font cruellement défaut. Pour autant, les acteurs de terrain continuent de se mobiliser – je songe à une expérience conduite à Ivry qui utilise le cinéma pour aider les jeunes à parler de leurs difficultés. Mais quand on sait qu'il faut attendre entre six mois à deux ans pour obtenir une consultation médico-psycho-pédagogique… Le constat est malheureusement identique sur la question des drogues, avec une insuffisance des services de prévention et d'addictologie. Je note que de nombreux échanges ont d'ailleurs porté sur le coût de l'inaction en matière préventive, et sur la nécessité d'évaluer l'impact de cette dernière en prenant en compte les coûts sociaux, les coûts humains… J'ai été étonnée par l'intérêt porté par de nombreuses villes à cette question de l'évaluation. La ministre Marie-Pierre Vedrenne (ministre déléguée auprès du ministre de l'Intérieur, chargée de la Citoyenneté) a d'ailleurs évoqué cette dimension dans son intervention, en insistant elle aussi sur le besoin de faire davantage entendre la voix de la prévention.
Comment les participants ont-ils reçu la stratégie de prévention de la délinquance récemment présentée par cette dernière ?
Globalement, j'ai constaté plutôt une adhésion aux grandes orientations portées par cette stratégie, et notamment le fait que le numérique ou la question des familles soient bien mieux pris en compte. À dire vrai, ce n'est pas une surprise dans la mesure où beaucoup d'élus du forum ont été très impliqués dans les groupes de travail ayant œuvré à l'élaboration de ce document. En revanche, la baisse de l'enveloppe du FIPD – que la secrétaire générale du CIPDR a contestée à Quimper –, notamment sur le volet prévention, est source d'inquiétude. D'autant plus que les besoins, eux, continuent d'augmenter ! Mais je dois avouer que nous n'avons pas eu de retour rassurant en la matière. Comme je l'évoquais, la réponse apportée reste avant tout répressive. En témoigne la façon dont on traite les violences liées aux usages et au trafic de drogues. La loi de lutte contre le narcotrafic – dont la mise en œuvre fait l'objet d'une mission d'information à l'Assemblée, dont l'un des rapporteurs est notre ancien président, Roger Vicot – permet de nombreuses et réelles avancées, par exemple sur la question des commerces douteux, qui constituent un véritable fléau pour beaucoup de nos collectivités. Mais elle laisse beaucoup d'angles morts, singulièrement en ne répondant pas du tout à la question de la prévention. Mais ce n'était pas sa vocation [ce qu'avait souligné Étienne Blanc, à l'origine du texte avec Jérôme Durain, ndlr]. Il faut un pendant social à cette loi et nous nous mobilisons pour le préparer. La chercheuse Diana Villegas, que nous avons reçue, a souligné l'importance de ne pas se focaliser sur la seule dimension répressive mais d'avoir au contraire une vision à 360° pour sortir du piège du narcotrafic. Alors que tous nos intervenants ont souligné combien nous étions dans une situation extrêmement critique, à un tournant, il serait bon de l'entendre. L'heure est grave, et heureusement que cette chercheuse nous a apporté une petite lueur d'espoir en jugeant que les institutions françaises restaient pour l'instant solides et devraient être en mesure de répondre à la crise… si tant est qu'on mobilise vraiment les moyens nécessaires.
Le report de l'examen du projet de loi sur les polices municipales a-t-il lui aussi animé les discussions ?
Très franchement, j'ai plutôt l'impression que personne ne l'attend vraiment pour avancer. Ce texte ajoute bien un certain nombre de prérogatives, mais dans un cadre qui continue de dysfonctionner, avec un déficit constant des forces de sécurité de l'État. Face au désengagement de ce dernier, quasiment toutes nos villes se sont aujourd'hui engagées, par pragmatisme, à recruter davantage, à armer leurs polices… même si elles le font souvent un peu contraintes et forcées. Reste que cette loi risque de conduire l'État à se reposer davantage encore sur les collectivités. Elle va en outre créer davantage d'inégalités sur le territoire, des collectivités ne souhaitant pas prendre davantage de responsabilités en la matière. Je pense aussi aux villes moyennes et plus encore aux petites villes, qui manquent de moyens, d'ingénierie, et qui se retrouvent particulièrement désemparées alors qu'elles sont désormais confrontées comme les plus grandes au narcotrafic ou à des phénomènes de grande violence qu'elles ne connaissaient jusqu'ici pas du tout. Je constate d'ailleurs qu'elles sont de plus en plus nombreuses à rejoindre le forum.
Stratégie de prévention de la délinquance : la circulaire enfin publiée
La circulaire du 24 avril présentant aux préfets la stratégie nationale de prévention de la délinquance 2026-2030 et les modalités de sa mise en œuvre a enfin été publiée au Bulletin officiel du ministère de l'intérieur, ce 29 mai. Les ministres Laurent Nuñez et Marie-Pierre Vedrenne y rappellent classiquement la nécessité pour les représentants de l'État de prendre appui sur un "diagnostic territorial partagé de la délinquance et de ses facteurs de risques", tiré des plans d'actions départementaux de restauration de la sécurité du quotidien, pour identifier leurs priorités départementales d'action, en prenant par ailleurs soin de revoir ou d'actualiser leurs plans départementaux de prévention de la délinquance.
Ils y soulignent par ailleurs que "la mise en œuvre de la stratégie devra également s'appuyer pleinement sur les maires et les instances locales de concertation, en particulier les conseils locaux et intercommunaux de sécurité et de de prévention de la délinquance" (CLSPD/CISPD).
Stratégie de prévention de la délinquance : la circulaire enfin publiée La circulaire du 24 avril présentant aux préfets la stratégie nationale de prévention de la délinquance 2026-2030 et les modalités de sa mise en œuvre a enfin été publiée au Bulletin officiel du ministère de l'Intérieur, ce 29 mai. Les ministres Laurent Nuñez et Marie-Pierre Vedrenne y rappellent classiquement la nécessité pour les représentants de l'État de prendre appui sur un "diagnostic territorial partagé de la délinquance et de ses facteurs de risques", tiré des plans d'actions départementaux de restauration de la sécurité du quotidien, pour identifier leurs priorités départementales d'action, en prenant par ailleurs soin de revoir ou d'actualiser leurs plans départementaux de prévention de la délinquance. Ils y soulignent par ailleurs que "la mise en œuvre de la stratégie devra également s'appuyer pleinement sur les maires et les instances locales de concertation, en particulier les conseils locaux et intercommunaux de sécurité et de prévention de la délinquance" (CLSPD/CISPD). Frédéric Fortin/Localtis |