Tourisme de montagne : la transition vers des activités de toutes saisons doit se faire "de manière raisonnée"

Le rapport d'information sur "le tourisme de montagne et les enjeux du changement climatique" fait au nom de la commission des affaires économiques de l'Assemblée nationale analyse en quoi ce changement "nécessite de faire évoluer l'offre touristique" et s'efforce d'imaginer les voies d'une "évolution du tourisme de montagne vers des activités diversifiées et 'quatre saisons'". Tout en soulignant que l'économie du ski demeure "un produit d'appel important" et doit donc continuer à donner lieu à des investissements. De son côté, le gouvernement vient d'annoncer que 30 nouveaux territoires allaient bénéficier d'un accompagnement en ingénierie en vue d'une nouvelle stratégie touristique adaptée aux enjeux écologiques.

Marie-Noëlle Battistel, députée (PS) de l'Isère, et Laurence Gayte, députée (LREM) des Pyrénées-Orientales, ont remis leur rapport d'information, fait au nom de la commission des affaires économiques de l'Assemblée nationale, sur "le tourisme de montagne et les enjeux du changement climatique". Celui-ci a été adopté lors de la réunion de la commission du 22 février. Le sujet n'est pas nouveau et figure d'ailleurs au cœur du Plan Avenir Montagnes, présenté par le gouvernement en mai 2021 (voir notre article du 27 mai 2021). Mais, tout en se félicitant de l'adoption de ce plan dont elles "saluent un premier bilan positif", les deux députées tiennent à rappeler "un aspect fondamental s'agissant des territoires de montagne et du tourisme associé : chercher à imposer un modèle unique de tourisme, quel qu'il soit, serait une entreprise vouée à l'échec". Il convient donc de "construire des stratégies adaptées à chaque territoire".

Une économie dépendante à 82% de l'activité de ski

Dans sa première partie, le rapport analyse les conséquences du changement climatique en montagne et ce que celui-ci implique en termes de "transition globale qui nécessite de faire évoluer l'offre touristique". On ne s'attardera pas sur les manifestations et les perspectives du changement climatique – déjà abondamment documentées –, si ce n'est pour rappeler que "la montagne est la première sentinelle du changement climatique" (même si le littoral pourrait sans doute en dire autant).

Il est acquis que les conséquences seront lourdes pour l'économie touristique montagnarde, compte tenu de sa dépendance à l'activité de ski, qui représente aujourd'hui 82% du chiffre d'affaires de la montagne, même si les tentatives de diversification se multiplient. Plus précisément, les évolutions du climat pourraient remettre en cause une économique touristique qui reste intégralement fondée sur le ski dans certains territoires. Le changement climatique n'est cependant le seul facteur de transformation du tourisme de montagne. Le rapport cite par exemple une évolution de la demande vers des formes de tourisme plus éthiques, afin de retrouver les valeurs du développement durable. C'est le cas, entre autres, du développement du "slow tourisme" ou de l'agro-tourisme, ou encore du "tourisme bienveillant", la démarche engagée par la région Auvergne-Rhône-Alpes en 2018. D'autres facteurs d'évolution sont également à l'œuvre. C'est le cas, par exemple, de la tendance générale à la valorisation des terroirs et des savoir-faire. Mais le rapport cite aussi la pandémie de Covid-19, "catalyseur d'un attrait renouvelé pour la montagne, en particulier l'été". Cette évolution, même encore très partielle, vers un tourisme d'été ne va d'ailleurs pas de soi, car "les conflits d'usage sont davantage marqués en montagne, principalement l'été" (entre agriculture et tourisme, autour de la ressource en eau...). Et ces conflits d'usage sont appelés à se développer encore avec le changement climatique.

Comment aller vers un tourisme de "quatre saisons" ?

La second partie du rapport s'efforce d'imaginer les voies d'une "évolution du tourisme de montagne vers des activités diversifiées et 'quatre saisons'". Celle-ci doit se faire "de manière raisonnée, adaptée à chaque territoire et en complémentarité de l'offre existante". En pratique, il s'agit de rendre les territoires de montagne moins dépendants de l'économie de la neige. Pour autant, le rapport est très loin de condamner l'économie du ski, ce dernier demeurant "un produit d'appel important". Il ne s'agit donc pas d'arrêter les investissements dans les équipements liés à la neige. La modernisation de ces équipements fait au contraire partie des investissements susceptibles de bénéficier du Fonds avenir montagne. Le rapport constate aussi que de nombreuses améliorations ont déjà été opérées sur la mise en œuvre de la neige de culture. Enfin, au sein même des activités de neige, il est possible et souhaitable de diversifier les pratiques alternatives au ski de piste.

Le principal enjeu demeure néanmoins celui de la "dessaisonalisation" du tourisme de montagne. Plusieurs territoires, dont le rapport donne des exemples, se montrent déjà très actifs en ce domaine. Cette évolution doit se doubler d'une amélioration de la qualité des services liés au tourisme : renforcement des outils numériques, montée en gamme de l'hébergement, rénovation de l'immobilier de loisirs, mobilité davantage décarbonée, rénovation et amélioration du confort des trains de nuit, développement des "ascenseurs valléens"... Il convient toutefois de privilégier une approche "raisonnée". Ainsi, "l'installation de nouveaux équipements touristiques ne doit pas être synonyme de prolifération" et le rapport considère qu'il sera indispensable, face aux enjeux environnementaux et de biodiversité, de gérer la fréquentation touristique. D'où la nécessité d'une éducation à la montagne, d'une "communication incitative", voire de "démarketing", qui "est une clef dans la stratégie de lutte contre la surfréquentation".

Vingt-trois propositions pour avancer

A l'appui de ces constats, le rapport formule une vingtaine de propositions très concrètes. On retiendra notamment l'incitation, pour les stations de sport d'hiver, à réaliser un diagnostic d'enneigement, de type ClimSnow, tout particulièrement lorsqu'elles envisagent de nouveaux investissements. Le rapport prône également une amélioration de la concertation autour de la gestion de la ressource en eau avec en particulier, au niveau local, un encouragement à l'établissement de schémas de conciliation des usages de l'eau par les commissions locales de l'eau. Une autre recommandation porte sur la réalisation d'une plateforme recensant les initiatives réussies en matière de diversification et de dessaisonalisation du tourisme de montagne, "avec un moteur de recherche suffisamment précis permettant de refléter la diversité des situations".

D'autres préconisations s'annoncent plus coûteuses – comme le soutien à la mise aux normes du parc hôtelier familial en montagne (source de "lits chauds") ou l'amélioration du logement des saisonniers – ou de portée plus générale, à l'image d'une mission d'information parlementaire sur la revalorisation du statut du pluriactif, qui établirait des préconisations ciblées en la matière. Sur les activités alternatives au ski, les recommandations portent notamment sur le développement d'itinéraires dédiés pour les nouvelles pratiques sportives en montagne, sur le renforcement du volet "bien-être" du thermalisme en France (particulièrement pour les stations thermales situées en zone de montagne) ou encore sur le fait de favoriser, lors de l'étude d'un projet d'aménagement touristique, l'installation d'équipements adaptables, réversibles et évolutifs.
 

  • Avenir montagnes : 30 nouveaux territoires accompagnés pour leur stratégie touristique

En déplacement aux Orres (Hautes-Alpes) samedi 5 mars, le Premier ministre a annoncé que 30 nouveaux territoires allaient bénéficier d’un accompagnement en ingénierie pour l’élaboration et la mise en œuvre d’une nouvelle stratégie touristique adaptée aux enjeux écologiques. Cet accompagnement s’inscrit dans le cadre du plan Avenir montagnes lancé en mai 2021 (voir notre article du 27 mai 2021), et plus particulièrement de son volet ingénierie (Avenir montagnes ingénierie). Pour rappel, le plan piloté par l’Agence nationale de la cohésion des territoires s’appuie sur le fonds Avenir montagnes doté de 331 millions d’euros, dont 300 en investissement et 31 en ingénierie (dont 11 de la Banque des Territoires).

Une première vague de 32 territoires avaient été dévoilée le 8 octobre 2021 (voir notre article du 8 octobre 2021). "Au total, 62 territoires sont aujourd’hui soutenus dans l’élaboration et la mise en œuvre d’une stratégie touristique diversifiée et durable", se félicite Matignon, dans un communiqué. Chaque lauréat reçoit une aide forfaitaire de 60.000 euros par an pendant deux ans pour le financement d’un poste de chef de projet. Il a en outre "accès à une offre de service en ingénierie d’une vingtaine de partenaires et d’une animation et d’un partage d’expérience au niveau national et par massif", précise le communiqué.

Accompagné des deux ministres responsables du plan, Joël Giraud (ex-secrétaire d’État à la ruralité devenu ministre de la Cohésion des territoires ce lundi) et Jean-Baptiste Lemoyne, ministre chargé du tourisme, Jean Castex a aussi annoncé les 58 territoires qui seront accompagnés pour développer des projets de mobilité innovants (Avenir montagnes mobilités). Il en va par exemple d’ascenseurs valléens. Les projets sont financés à hauteur de 50%, dans la limite de 200.000 euros. Les lauréats bénéficient en outre d’un accompagnement du Cerema (voir aussi notre article du 27 septembre 2021).

Michel Tendil

 

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