Action cœur de ville, au service de la relance et de la transition écologique

Lors d'un atelier-débat organisé ce 17 février par l'association Équilibre des énergies, Rollon Mouchel-Blaisot, directeur du programme interministériel Action cœur de ville, a vanté l'action de ce programme au service de la relance et de la transition écologique, notamment en matière de lutte contre l'étalement urbain. Si la crise a renforcé l'attractivité des villes moyennes, il montre qu'elle ne va pas sans compliquer la donne, en favorisant l'émergence de nouveaux défis.

"Annoncer des milliards est important, mais les engager et les dépenser, c'est mieux". Interrogé dans le cadre d'un atelier-débat, virtuel, conduit par l'association Équilibre des énergies, Rollon Mouchel-Blaisot, directeur du programme interministériel Action cœur de ville, a, comme le PDG de l'Ademe il y a peu, rappelé l'évidence : sans projet, les plans de relance resteront vains.

Lui a la chance de piloter un programme dont les 222 villes bénéficiaires "étudient depuis plus de deux ans des projets et sont prêts à les lancer". "Ces villes sont souvent des terres d'expérimentation", souligne-t-il, évoquant le développement des véhicules autonomes à Boulogne-sur-Mer, la mise en place d'une plateforme intermodale à Pau ou à Chateaubriand ou encore la piste du "design actif", qui vise à "détourner l'aménagement public pour favoriser l'activité sportive spontanée et libre : repeindre les marches du métro, les travestir en parcours de step, tracer des couloirs de pistes d'athlétisme sur les places, etc.". Le programme vient d'ailleurs de nouer un partenariat avec Paris 2024 en ce sens.

2,1 milliards déjà engagés

Action cœur de ville est "un accélérateur du plan de relance", assure-t-il, faisant écho aux récentes déclarations de Jacqueline Gourault. Il convoque pour preuve les "2,1 milliards – sur les 5 milliards que compte le programme – déjà engagés au 31 décembre dernier", dévoilant par ailleurs la publication, le 1er mars prochain, d'un "bilan à mi-parcours, avec une visée également prospective, présentant des exemples pratiques" susceptibles d'être déclinés. En les adaptant au contexte local toutefois, "et pas de la même manière à Cahors qu'à Colmar". Le préfet insiste ici sur le fait que ce sont les villes qui sont à la manœuvre : "Les politiques publiques ont souvent échoué car elles étaient descendantes, verticales, l'État donnant en outre des injonctions contradictoires. Ici, on fait confiance aux élus et aux acteurs locaux. On part du territoire : l'État est aux côtés des villes, il est accompagnant et apprenant. C'est un peu révolutionnaire, mais c'est peut-être pour cela que cela ne marche pas si mal".

Le retour en grâce

Confinement aidant, la crise contribue aussi à renforcer l'attractivité des "villes du quart d'heure", comme le décèlent les dernières enquêtes d'opinion révélant l'appétence, des jeunes notamment, pour les villes moyennes. Rollon Mouchel-Blaisot se félicite ainsi qu'après avoir "mis un peu de lumière sur les invisibles de la République" avant même la crise des gilets jaunes, la philosophie du programme soit une nouvelle fois confortée, alors "qu'une certaine doctrine, comme au CGET", sous-entendait qu'il fallait se borner à "accompagner la décroissance" des territoires périphériques (entendre "hors des grandes métropoles", qui n'ont plus le vent en poupe). "Après des années de désertion de l'État dans les départements", le préfet salue "le retour de l'ingénierie dans les préfectures et les services déconcentrés de l'État", voire le transfert de certains services de Bercy dans les territoires, "la plupart dans des villes du programme". Il se félicite également du partenariat noué avec le Conservatoire national des arts et métiers (Cnam) pour créer dans 100 des 222 villes du programme des antennes locales de formation (opération "Au cœur des territoires"), soulignant l'importance d'y promouvoir l'enseignement supérieur.

Sobriété foncière : rénovation…

Pour autant, Rollon Mouchel-Blaisot souligne la nécessité d'une stratégie de développement fondée sur la sobriété foncière – sept territoires expérimentent la démarche – et d'en finir avec l'étalement urbain – "même si c'est plus simple d'artificialiser un hectare, de mettre des pavillons et de créer un rond-point". L'enjeu est de "rendre l'agglomération plus compacte, plutôt que créer une 3e couronne parisienne, très coûteuse et qui rend les gens malheureux". "Cela ne va pas se faire du jour au lendemain. Il s'agit de stopper un paquebot lancé à vive allure", avertit-il. Convaincu que "cela ne passera pas uniquement par de la coercition, mais aussi par le soutien à la rénovation", il souligne que 400.000 logements sont vacants dans les 222 villes du programme – "beaucoup sont insalubres, de véritables passoires thermiques" – et rappelle que "1,5 milliard des 5 milliards du programme vise à compenser le surcoût de la rénovation par rapport à la construction".

… et construction, tout en mettant la campagne dans la ville

Mais le préfet relève aussi que ces villes comptent "beaucoup de dents creuses, de friches, d'ilots dégradés où l'on peut construire du neuf". Il attend beaucoup de certaines mesures du plan de relance, et singulièrement du fonds friche, qui permettra de traiter les verrues urbaines qui bloquent parfois le processus de revitalisation des centres-villes (comme le soulignait le maire de Niort). Et de prendre l'exemple d'une friche d'un hectare à Montceau-les-Mines, au coût de réhabilitation rédhibitoire alors qu'un promoteur serait prêt à investir.

Le tout en réinventant une "nouvelle forme de densité qui concilie collectif et individuel. Il n'y a pas d'intérêt de quitter une barre de l'agglomération parisienne pour en retrouver une à Châteauroux", souligne-t-il, alors que les Français rejettent de plus en plus "l'habitat collectif dense", aspirant au pavillon avec jardin. Le préfet insiste ainsi sur la nécessité de "mettre la campagne dans la ville, avec l'agriculture urbaine, les circuits verts, des îlots de fraicheur, la renaturation des berges… ". "La densité urbaine a ses limites", alerte ainsi Brice Lalonde, président de l'association hôte.

"Far West et dépotoirs"

Ce n'est pas le seul défi à relever, loin s'en faut. La crise n'est pas sans fragiliser certains "acquis" du programme. Ainsi du taux de vacance des commerces, qui "a connu une légère décrue ces deux dernières années", mais qui risque de repartir à la hausse avec l'impact des confinements, même si un programme de rénovation de 6.000 commerces a été lancé l'an passé, porté par la Banque des Territoires. L'essor du commerce en ligne favorise en outre l'émergence de nouveaux défis, logistiques cette fois. "Si l'on n'y prend garde, les mouvements d'ubérisation et de livraison à domicile vont transformer les centres-villes en zones de Far West et en véritables dépotoirs", alerte Rollon Mouchel-Blaisot. Il invite en conséquence les autorités locales à user de leur pouvoir de régulation – "à faire un code de l'espace public" – pour réglementer les comportements et lutter contre ces "camionnettes mal garées, trottinettes en bataille et autre profusion d'emballages".

Défi de la mobilité

Le défi de la mobilité est crucial, insiste le préfet. D'abord, "il faut rendre ces villes plus accessibles aux réseaux national et européen", ce qui pose l'inévitable question de la desserte ferroviaire. "On est peut-être en train d'assister à un changement de paradigme", se fait-il optimiste, prenant l'exemple de Libourne, proche de Bordeaux sans en être la ville-dortoir. Ensuite, en gérant celui de la mobilité au sein des villes. "Si l'époque du tout-bagnole est révolue" – saluant au passage la réhabilitation réussie "de grandes places remplies de voitures" comme à Niort ou Arras –, Rollon Mouchel-Blaisot souligne la nécessité de trouver le bon équilibre. Un récent rapport vient d'ailleurs de montrer qu'il faudra encore compter avec la voiture à l'horizon 2040. "Il faut que les gens puissent continuer d'accéder au centre-ville", insiste-t-il, évoquant le nécessaire développement de l'intermodalité. Un "forum des solutions" a d'ailleurs été récemment organisé sur le sujet.

S'agissant des liaisons campagnes - villes moyennes (qui, rappelle-t-il, étaient à la source du mouvement des gilets jaunes, avec le coût du gazole), Rollon Mouchel-Blaisot insiste sur le fait que "les véhicules électriques sont parfaitement adaptés pour l'interurbain – à condition qu'ils soient eux-mêmes propres", notifiant l'importance de l'éco-conception : "Il ne s'agit pas de reproduire les mêmes erreurs qu'avec les panneaux photovoltaïques". D'où la nécessité de bien intégrer les équipements idoines (centres de recharge) dans la réflexion, d'autant que ces déplacements ne vont pas disparaître : "ceux qui aspirent à vivre à la campagne auront besoin de la ville pour aller au lycée, au gymnase, aux spectacles…", répond-il au reproche adressé aux villes moyennes de se revitaliser au détriment des autres territoires. "Ces dernières années, ce sont souvent les agglomérations qui se sont développées au détriment de la ville-centre", souligne-t-il – rappelant par ailleurs que "comme le poisson pourrit par la tête, il reprendra force par la tête".

Risques de fractures sociales et d'une "société morte"

Rollon Mouchel-Blaisot attire enfin l'attention sur l'émergence d'autres risques, notamment engendrés par le télétravail. D'abord, "celui d'une fracture entre ceux qui continuent d'aller au front et ceux qui peuvent rester chez soi", qu'il redoute. Ensuite, celui d'une "société où chacun est reclus chez soi, qui est une société morte". Et là-encore de saisir l'occasion pour mettre en avant certains projets Action cœur de ville, et notamment ceux qui s'attachent à transformer les fleuves et cours d'eau, jadis vecteur de séparation entre quartiers, en espaces de rassemblement, comme à Montluçon. À tout problème, sa solution !

 

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