Incendies : le CNRS met l'accent sur les "interfaces ville – espace naturel"

Dans une large synthèse de la littérature scientifique relative à "la résilience des interfaces urbaines face aux incendies", le CNRS insiste sur la nécessaire approche systémique à conduire pour faire face à la recrudescence du risque incendie "en contexte de changement climatique" dans ces lieux où se côtoient aléas et enjeux. Au-delà des "mesures techniques de prévention", dont la réduction du combustible, aménagement, urbanisme et coopération avec les habitants font notamment partie des pré-requis.

"En France, en moyenne, les deux tiers des incendies éclosent aux interfaces ville – espace naturel", met en exergue le CNRS dans une étude qu'il vient de consacrer à la "résilience des interfaces urbaines face aux incendies de végétation en contexte de changement climatique".

Des zones où se côtoient aléas et enjeux…

Cette large synthèse de la littérature scientifique existante sur le sujet – dont le CNRS souligne les lacunes – se justifie d'autant plus que ces interfaces sont "le lieu où les principales sources d'aléa (la biomasse et les sources d'ignition liées aux activités humaines [à l'origine de 90% des incendies]) et les enjeux (les personnes et les biens) vulnérables à l'incendie se côtoient". Des lieux où le bâti joue un rôle ambivalent, réduisant d'un côté "la vulnérabilité (moindre végétation interstitielle)" de la zone mais l'augmentant de l'autre, notamment du fait de bâtiments "particulièrement vulnérables", tels que les bâtiments industriels en raison de "leurs structures métalliques sensibles aux hautes températures" ou encore de leurs "panneaux sandwich à âme combustible" (c'est-à-dire constitués d'au moins trois couches de matériaux et dont le cœur est combustible). Des bâtiments qui, en général, du fait par exemple du développement de l'isolation thermique par l'extérieur, posent de nouveaux défis. 

… en plein essor

Autre motivation, l'essor de ces zones de rencontre entre la ville et la végétation, conséquence de "deux dynamiques peu corrélées", mais qui se renforcent : l'étalement urbain d'un côté, la déprise agricole et pastorale de l'autre (l'étude mentionnant une surface agricole utile en baisse de 16% "au minimum" entre 1950 et 2024). Entre 1999 et 2009, la surface de ces interfaces aurait ainsi crû de 10% dans les Bouches-du-Rhône. Dans le sud méditerranéen en général, l'étude enseigne que le "quasi-continuum urbain" invite plutôt à parler "d'intermix" – zone où constructions et végétations se mélangent, où les "frontières se brouillent" – que d'"interface" stricto sensu, notion qui traduit une démarcation nette. "Le contact avec la végétation ne se fait plus aux marges extérieures de la ville, c'est une composante propre du système urbain", est-il observé. Un voisinage qui génère par ailleurs "de nombreux défis", parmi lesquels "des difficultés d'accessibilité ou des conflits autour des modifications paysagères induites par l'exploitation forestière".

Approche systémique nécessaire, incluant aménagement et urbanisme

Des zones qui, comme les autres, sont confrontées aux conséquences du changement climatique, dont le développement redouté des feux extrêmes. L'étude explore les différentes façons d'y faire face (stratégie de lutte, comportements lors de la crise…) ou de les prévenir (débroussaillement, types de plantation, etc.). Ses auteurs insistent toutefois sur la nécessité d'une "approche systémique articulant prévention, préparation, gestion du risque, adaptation au changement climatique et aménagement du territoire". Ils insistent notamment sur l'importance de l'aménagement – mise en lumière au dernier Congrès des maires – et de l'urbanisme, non sans relever que "partout, les autorités préfèrent jouer sur la gestion du combustible plutôt que sur l'éviction de l'habitat". 

Un sujet qui ne s'arrête toutefois pas à la seule question de l'habitat, l'étude prenant exemple de la conception de la voirie, "très centrées sur l'accès des engins de secours mais moins sur la question de l'affluence en situation de crise", ou encore "de la robustesse des réseaux d'eau qui ne sont pas dimensionnés pour faire face à des conditions extrêmes". 

Mieux vaut un bon plan général qu'un plan spécifique défaillant

Prenant exemple du cas français, l'étude met en avant "moins le besoin de créer de nouveaux instruments que de mieux mobiliser l'existant". Observant ainsi que "seuls 286 plans de prévention des risques d'incendie de forêt (PPRIF) avaient été approuvés en 2025 pour 7.130 communes considérées comme exposées aux incendies", l'étude estime préférable d'"intégrer les mesures de réduction du risque dans les plans locaux d'urbanisme plutôt que de recourir à des plans spécialisés lourds à élaborer". Et ce, a priori en faisant plutôt appel aux PLU-i qu'aux PLU, puisqu'elle rapporte qu'une "politique de prévention efficace exige une intégration globale des zones naturelles et des zones urbaines concernées afin d'assurer une cohérence qui ne peut résulter d'une approche purement municipale". 

De l'art d'associer les habitants, avant, pendant et après la crise

Cette synthèse insiste également sur la nécessaire responsabilisation des habitants, en soulignant que celle-ci s'obtient plus aisément en les associant aux décisions, "alors qu'un manque de transparence ou des processus administratifs lourds peuvent nuire à la confiance" accordée aux institutions – laquelle "influence davantage la coopération que des éléments purement rationnels" tels que des "informations techniques". Mais l'étude relève que "les dispositifs de gouvernance du risque incident dominants en Europe sont encore largement structurés autour de cadres institutionnels descendants qui intègrent peu les acteurs locaux, les usagers du territoire et qui peinent à associer les populations à la prise de décision".

Des incendies également source de tensions politiques

Un sujet qui n'est pas à prendre à la légère par les élus car, au-delà des conséquences humaines, environnementales, sociales et économiques que ces incendies engendrent, à long terme, sur un périmètre qui dépasse de loin le territoire touché, l'étude observe que ces derniers "se traduisent fréquemment par des tensions politiques, liées le plus souvent à la gestion de la crise et de la reconstruction". Elle précise que "les polémiques portent sur six thématiques principales : le processus d’évacuation ; les informations délivrées à la population ; la stratégie des équipes de secours ; l’utilisation ou non des ressources et des connaissances locales par les renforts extérieurs ; la résurgence de conflits environnementaux antérieurs ; et l’utilisation et l’équité de la distribution des aides pendant et après la crise". Si toutes ne relèvent pas directement de l'élu local, il faut sans doute garder en tête l'avertissement lancé par Sébastien Leroy, maire de Mandelieu-la-Napoule (Alpes-Maritimes), au Congrès des maires : "Nous sommes toujours des responsables parfaits."

 

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