Le gouvernement dresse un premier bilan annuel des impacts du changement climatique en France
Répondant à une recommandation du Haut Conseil pour le climat, le gouvernement a présenté, ce 9 juillet, un premier bilan annuel des impacts du changement climatique en France. Si la photo de 2025 est riche d'enseignements, son intérêt grandira avec la constitution progressive de l'album.
© Ministère de la Transition écologique, de la Biodiversité et des Négociations internationales sur le Climat et la Nature et Adobe stock
Hasard ou coïncidence, c'est le jour même de la diffusion du rapport annuel 2026 du Haut Conseil pour le climat (HCC), ce 9 juillet, que le gouvernement a choisi de publier son premier bilan annuel des impacts du changement climatique en France. Lequel répond à la première recommandation que ledit HCC avait formulée dans son rapport annuel 2025. "Ce document répond à une exigence simple : documenter, année après année, ce que le dérèglement climatique produit concrètement sur notre territoire [afin] d'en suivre l'évolution, d'en mesurer l'ampleur et d'éclairer l'action publique", explique Monique Barbut, ministre de la Transition écologique. Un document qui a vocation a être enrichi par le Haut-commissariat à la stratégie et au plan, qui procédera à une estimation du coût de ces impacts. En outre, un "portail national des impacts du changement climatique" sera mis en ligne d'ici à la fin de l'année par Météo France. "Des données déjà disponibles sur le portail Drias, mais sur un portail beaucoup plus pédagogique", précise le ministère.
Une trentaine d'indicateurs
Ce premier bilan annuel comporte une trentaine d'indicateurs, classés en trois catégories.
Les indicateurs "d'aléas climatique" (qui ne le sont pas tous), qui comprennent notamment la température moyenne atmosphérique, le nombre de jours de vagues de chaleur, le pourcentage annuel de la surface touchée par la sécheresse agricole ou encore le nombre de jours de précipitations extrêmes dans les régions méditerranéennes.
Les "indicateurs d'impact", parmi lesquels le bilan de masse d'une sélection de glaciers, la quantité de pollen de bouleau, la date des vendanges pour un panel de vignobles ou des moissons du blé, la date de migration des oiseaux migrateurs, les morbidités et mortalités attribuables à la chaleur ou encore le nombre de communes reconnues Cat Nat à la suite de sécheresses ou d'inondations.
Enfin, des "indicateurs d'impacts transversaux", dont les rendements des grandes cultures ou le coût des sinistres des évènements naturels.
Étant entendu, observe le ministère, que "l'attribution au changement climatique" n'est pas toujours aisée – c'est par exemple le cas pour l'indicateur relatif aux minutes perdues sur le réseau ferré, la surface occupée par les sargasses dans les Antilles ou encore le nombre de cas/foyers de maladies chez les animaux. "Mais quand on les prend dans leur ensemble, on voit bien qu'il y a des évolutions, des tendances". Ce qui fait également que si la photographie prise en 2025 est riche d'enseignements, son intérêt grandira avec la constitution progressive de l'album.
2025, une année marquée par la sécheresse… et les précipitations intenses
On l'aurait presque oublié au regard de la présente canicule et après un mois de juin 2026 le plus chaud jamais enregistré en France, mais le rapport rappelle que 2025 a été la 4e année la plus chaude jamais mesurée. Des températures élevées qui ont contribué à la diminution de la masse des glaciers (-2,6 m d'équivalent en eau en moyenne entre 2024/2025 pour les glaciers alpins et pyrénéens étudiés, contre -1,6 m en moyenne annuelle depuis les années 2000), à des dates moyennes de vendanges et de moisson du blé avancées d'une dizaine de jours par rapport aux années 2010 ou à une arrivée des oiseaux migrateurs une dizaine de jours plus tôt que dans les années 1990.
L'année avait été en particulier marquée par deux vagues de chaleur intenses, qui ont concerné 80% de la population hexagonale. Celles-ci ont conduit à la fermeture de plus de 2.500 établissements scolaires le 1er juillet – nombre revu à la hausse –, à 5.722 décès prématurés ou encore à 300 incidents sur le réseau SNCF les 30 juin et 1er juillet provoquant plus de 25.000 minutes perdues, recense le document.
Une année logiquement frappée par la sécheresse – au moins 30% du pays de façon durable entre mai et août –, qui a conduit à la prise d'arrêtés de restriction de l'usage de l'eau dans 78 départements fin août, dont 41 départements "en crise", entraîné des phénomènes de retrait-gonflement d'argile (459 communes "reconnues Cat Nat") ou favorisé les incendies (plus de 16.000 feux et 30.500 ha de végétation brûlés, dont 11.000 ha lors de l'incendie de Ribaute, dans l'Aude). La sécheresse agricole avait concerné 12% du territoire, contre 7% en moyenne sur la période 1961-1990.
Mais une année également marquée par des épisodes de précipitations intenses dans l'ouest de l'Hexagone fin janvier, en Guyane en février avec le cyclone Garance ou encore des épisodes méditerranéens en décembre. Des événements qui ont entraîné au total le décès de 14 personnes et entraîné la reconnaissance du régime Cat Nat pour plus de 900 communes.
Des événements naturels, "en lien ou non avec le changement climatique", précise le rapport, dont le coût au total est estimé à 5,2 milliards d'euros l'an passé. Bien au-delà du coût global des dommages assurés récemment estimé par la Caisse centrale de réassurance.