Conseil pour le climat, "il est urgent de prioriser les actions d'adaptation et de changer d'échelle"
S'il constate les progrès accomplis par la France ces dix dernières années dans la lutte contre le réchauffement climatique, le Haut Conseil pour le climat les juge néanmoins insuffisants. Il invite la France à "changer d'échelle", en priorisant les actions d'adaptation, relevant que ses infrastructures, ses activités, ses écosystèmes… se sont développés dans un climat qui n'existe plus.
© Haut Conseil pour le climat et Adobe stock
Il n'y a pas de justice. Le dernier rapport du Haut Conseil pour le climat (HCC) – "La France face à ses responsabilités" –, présenté à la presse ce 7 juillet, montre que les émissions européennes de gaz à effet de serre ont baissé de 37% par rapport à celles de 1990, alors que celles de la Chine – dont les émissions dépassent désormais celles combinées des États-Unis, de l'Inde et de l'UE –, des États-Unis et plus encore de l'Inde continuent d'augmenter. Pourtant, c'est en Europe que le réchauffement se fait "particulièrement intense" – il va "quasiment deux fois plus vite que la moyenne planétaire", indique Valérie Masson-Delmotte, membre du HCC. Selon le rapport, "il est désormais inévitable qu'un niveau moyen de réchauffement planétaire de 1,5°C soit atteint d'ici quelques années", les progrès en matière de réduction d'émissions de GES étant "trop longs et trop limités par rapport aux objectifs de l'accord de Paris". Plus encore, "on ne peut pas exclure que le niveau de réchauffement atteigne 3,5°C en fin de siècle, et 4°C en cas de forte réponse du climat" – soit l'horizon retenu par la France pour sa trajectoire de référence, où l'on table pourtant sur une hausse plus élevée que la moyenne. Pour autant, le HCC juge encore possible de le limiter "sous 2°C et proche de 1,5°C"… à la condition de redoubler d'efforts. Car "tant que les émissions mondiales de CO2 ne seront pas à 0, le climat continuera de se réchauffer", souligne-t-il.
Un changement d'échelle nécessaire…
La France métropolitaine est particulièrement affectée par le phénomène. En moyenne annuelle, le réchauffement observé atteint 2,2° C entre 1900/1930 et 2016/2025, et même 2,9° C en été, indique le rapport. "Nous entrons dans une période dangereuse", avertit la climatologue, "notamment parce que des températures dépassant les 40° C, extrêmement rares au XXe siècle dans l'Hexagone et en Corse, touchent désormais une large surface de l'Hexagone et se produisent de plus en plus fréquemment". Pour le HCC, il est donc "urgent de prioriser les actions d'adaptation et de changer d'échelle dans l'ampleur, la portée et la vitesse de mise en œuvre des actions d'adaptation", alors que "nos infrastructures, notre aménagement du territoire, nos écosystèmes, nos activités économiques, nos pratiques socioculturelles se sont développés ou ont été dimensionnés dans un climat qui n'existe plus". Tout en continuant dans le même temps à "limiter l'ampleur du réchauffement climatique mondial".
… faute de progrès suffisants
En la matière, le HCC relève les progrès opérés en dix ans : la France s'est dotée d'un cadre juridique climatique et d'une stratégie énergie climat (Sfec, composée du plan d'adaptation, de la programmation pluriannuelle de l'énergie et de la stratégie bas carbone), les investissements verts publics et privés ont progressé de 50%, la tarification effective du carbone a augmenté de 40% en euros constants et les émissions brutes territoriales ont baissé de 22% entre 2015 et 2025, et de 34% depuis 1990. "Nous avons les normes, mais leur mise en œuvre souffre d'un manque de moyens financiers et administratifs, de dérogations nombreuses et d'une tendance récurrente à réduire la contrainte juridique dès lors que l'on a quelque chose qui devient politiquement ou économiquement sensible", déplore pour autant le HCC. Il souligne qu'en 2025, "le rythme de baisse d'émissions a encore ralenti", baisses qui sont en outre "en partie causées par une baisse d'activité économique, singulièrement dans l'industrie et dans l'élevage", où elle est "tendancielle". Et d'avertir qu'il va désormais falloir "doubler les investissements publics et privés bas carbone et diviser par deux les investissements carbonés".
82 recommandations pour 2026
Le HCC rentre dans le détail, en formulant 82 recommandations au gouvernement "pour 2026", dont certaines déjà suggérées dans de précédents rapports. Parmi les nouvelles, et comme I4CE, il préconise de faire évoluer les règles d'urbanisme liées à la protection du patrimoine qui limitent la pose de protection solaire, le HCC prônant par ailleurs d'équiper sans délai les établissements de santé, médico-sociaux, scolaires… de volets, d'ombrages, de ventilateurs de plafonds ou encore de dispositifs de climatisation fixes.
Il propose également de rendre obligatoire le confort d'été dans le diagnostic de performance énergétique, d'augmenter la disponibilité et l'accessibilité de lieux publics rafraichis et de points de baignade surveillés – et gratuits en cas de forte chaleur –, d'acter un 3e programme de l'Agence nationale du renouvellement urbain ("Anru 3") ou encore d'augmenter les contraintes d'implantation territoriale des centres de données.
Côté mobilités, il invite à identifier les grands projets routiers auxquels il faut renoncer, à garantir un financement public supplémentaire d'1,5 milliard d'euros annuel à compter de 2028 pour la modernisation et la régénération du réseau ferroviaire ou encore d'adapter un moratoire sur l'augmentation des capacités des aéroports français, y compris Charles-de-Gaulle, et de planifier la mutualisation et l'arrêt de certains aéroports "en concertation avec les collectivités concernées".
Il propose encore de prendre des mesures pour accélérer le passage à la tarification incitative de la gestion des déchets ou d'organiser sans délai les concertations pour la gestion de l'eau – tout un programme ! –, d'identifier dans les prochaines COP régionales "les multiples dimensions de la vulnérabilité des ménages aux impacts du changement climatique" ou, last but not least, de "dimensionner le fonds vert de façon à permettre aux collectivités de mettre en place les actions prioritaires d'adaptation".
11 orientations à moyen terme
Pour alimenter les débats de la prochaine élection présidentielle, il propose par ailleurs 11 orientations structurantes pour faire évoluer les politiques climatiques à moyen terme, déjà – plus ou moins – arrêtées pour un certain nombre d'entre elles. Parmi elles, "faire de l'aménagement du territoire et de l'urbanisme des leviers d'adaptation et d'atténuation", "développer des réseaux structurants de transports collectifs et de mobilités actives", "intégrer l'adaptation et la gestion de l'eau comme priorités structurantes" d'un système alimentaire "résilient, juste et bas-carbone" ou encore "découpler le prix de l'électricité décarbonée du marché spot". Le HCC propose encore l'inscription explicite dans la Constitution de la protection du climat et le principe de non-régression, lequel "pourrait s'appliquer aux trajectoires d'émissions", ou encore la promulgation d'une loi de programmation de la transition écologique analogue à la loi de programmation militaire.