Une compétitivité de l'UE en berne, et plus que jamais disparate
Publié le 12 octobre, le rapport annuel 2026 du Comité des régions sur l'état des villes et des régions de l'UE se fait plutôt terne. Il met notamment en exergue un défaut d'investissement dans la recherche et l'innovation qui affecte singulièrement certaines régions industrielles, mais aussi plus largement les régions rurales.
© The state of regions and cities - EU annual report 2026
Alors que la grisaille de l'automne s'installe, le rapport annuel 2026 sur l'état des villes et des régions de l'UE du Comité européen des régions, présenté le 12 octobre, ne mettra guère du baume au cœur. Entre 2024 et 2025, "plus de la moitié des régions ont vu les conditions du marché de l'emploi se détériorer", "une sur deux a connu une augmentation du risque de pauvreté ou d'exclusion sociale" et 95% ont enregistré "une augmentation de la pression liée au vieillissement" de la population, y est-il notamment mis en exergue. Les perspectives ne sont guère plus réjouissantes, puisqu'il est souligné que "84,5% des régions rurales devraient perdre des habitants d'ici 2050, avec une baisse moyenne de 9% de la population" ou encore que 135 millions d'Européens vivent dans des régions qui devraient continuer de stagner ou de décliner.
Les régions industrielles de l'ouest en souffrance
Le focus établi sur la compétitivité, nouvelle priorité de l'UE, ne rassurera pas plus. Le rapport souligne en effet que, depuis 2022, "la production industrielle suit une tendance baissière". Plus encore, les disparités territoriales en la matière s'accroissent. Entre 2019 et 2024, "la croissance de l'emploi manufacturier [qui représente plus de 30 millions d'emploi dans l'UE, principalement en Allemagne et en France] était principalement concentrée dans les régions d'Europe centrale et orientale" – et aussi dans le Grand Est –, alors que "plusieurs régions industrielles traditionnelles d'Europe occidentale connaissent une détérioration économique et industrielle, accompagnée de pertes d'emplois" – en France, en Auvergne.
Manque d'investissement dans la R&I
Pour les rapporteurs, dans la lignée du rapport Draghi, "les coûts de production élevés, et parfois, un investissement insuffisant dans les technologiques innovantes sapent la compétitivité de plusieurs régions industrielles". Ils prennent pour exemple le secteur de la chimie qui, entre 2022 et 2025, a connu des fermetures de site, effectives ou annoncées, représentant près de 9% de la capacité de production européenne, tandis que la capacité d'investissement passait dans le même temps de 2,7 millions de tonnes à 0,3 million. "Si ces tendances se confirment, il y a un risque élevé d'accélération de la désindustrialisation", augmentant d'autant "la dépendance aux importations", alertent-ils.
Le constat – déjà dressé, notamment pour la France – est peu ou prou identique pour les régions rurales, puisqu'il est déploré que l'investissement dans la recherche et le développement soit largement concentré dans les régions urbaines (il représente 1,6 % du PIB régional des premières, contre 2,4% de celui des secondes).
Nécessaire diversification
Des territoires ruraux qui, en outre, sous-exploitent les opportunités de diversification économique – en raison de "pénuries de compétences, d'un accès limité au financement et d'un soutien politique fragmenté". Une situation d'autant plus préjudiciable que "certains territoires sont hautement spécialisés et dépendent d'un éventail étroit de secteurs ou de marchés d'exportation", est-il observé. Ainsi, par exemple, de la Champagne-Ardenne, affectée, parmi d'autres, "de manière disproportionnée par les droits de douane américains sur les exportations agroalimentaires de l'UE".
"Made in EU", oui mais
Ce qui conduit notamment le CdR à préconiser "une approche territoriale" pour la mise en œuvre du futur règlement "Made in Europe" encore en discussion et dont "les impacts territoriaux restent incertains". S'il a "le potentiel pour renforcer l'autonomie stratégique, la sécurité économique et la résilience industrielle et pour créer des emplois de haute qualité", il pourrait "dans le même temps rendre plus vulnérables certaines régions aux représailles des pays tiers", prévient-on. Des impacts disparates qui expliquent de même "pourquoi les accords commerciaux de l'UE restent à la fois stratégiquement importants et politiquement sensibles".
Un marché unique à parfaire
Sensible, un marché vraiment unique semble également toujours l'être, même si, "en 2025, 61,4% des échanges de marchandises des États membres se font au sein de l'UE elle-même". Le CdR estime que ce commerce intra-UE "pourrait être multiplié par 5" en supprimant les "effets de frontières" et les barrières persistantes, "qui ont les mêmes effets que les droits de douane". Les auteurs jugent que la commande publique constitue "un bon exemple du potentiel inexploité du marché unique", en observant que "95% des marchés publics sont toujours attribués à des entreprises de l'État membre de l'autorité d'achat". En la matière, la France fait figure de mauvais élève, puisqu'elle est l'État membre avec la part de marchés publics octroyés à des entreprises hors de ses frontières la plus faible entre 2011 et 2021. Moins de 1%.