Une forêt qui continue de s'étendre et de se fragiliser, une production biologique et une captation de carbone qui se stabilisent
L'édition 2026 de l'inventaire forestier national tire à nouveau le constat d'une forêt hexagonale qui continue à la fois de s'étendre et de se fragiliser. En revanche, en baisse ces dernières années, la production biologique et la captation de carbone se stabilisent. L'étude met toutefois en exergue de fortes disparités territoriales : le quart nord-est est particulièrement sous pression, du fait de la répétition des sécheresses, des insectes et de la maladie, qui affectent singulièrement les essences de ce territoire.
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Comme l'an passé, l'édition 2026 de l'inventaire forestier national, publiée ce 7 octobre, observe que la forêt hexagonale continue de s'étendre et de se fragiliser. Elle occupe désormais près de 17,7 millions d'hectares. Elle grossit de 100.000 ha supplémentaires chaque année en moyenne depuis 2015, soit "à peu près quatre fois le massif de la forêt de Fontainebleau", souligne Nathalie Derrière, ingénieure à l'IGN. Une expansion qui tient principalement à la déprise agricole, singulièrement portée par le recul des élevages bovins et du pastoralisme, précise Antoine Colin, chef adjoint du service de l’information forestière à l'IGN.
Mortalité et altération des arbres en hausse
Il meurt à peu près l'équivalent de 18 millions de m3 de bois chaque année. "À peu près 2,5 fois plus entre 2016-2024 qu'entre 2005-2013", précise l'experte, qui remet toutefois le nombre en perspective. "18 millions, rapportés aux 2.800 millions de m3 de bois présents en forêt, ça ne représente que 0,6%." Elle met en outre en exergue de fortes disparités territoriales : si en Paca "ça n'a pas évolué", la mortalité entre ces deux décennies a été multipliée par deux en Aura ou en Normandie, par six en Bourgogne–Franche-Comté et même par sept en Grand Est. De fortes disparités que l'on retrouve également entre espèces – non sans lien. "Ça se passe bien pour le chêne vert, le pin maritime ou le douglas", mais beaucoup moins pour les autres, parmi lesquels l'épicéa, dont la mortalité a été multipliée par 3,5 entre les deux périodes du fait des scolytes, le charme (x6) ou encore le frêne (x8), ce dernier étant victime de la chalarose. L'inventaire estime qu'en moyenne 9% des arbres dominants présentent des signes d'altération, plus ou moins sévère (75% encore vivants, 25% morts). Un taux qui diffère là encore suivant les espèces : 1 frêne sur 4 est altéré, contre 1 châtaignier sur 5 ou 1 chêne pédonculé sur 10. Et suivant les territoires. Il atteint ainsi 15% dans le quart nord-est.
Sécheresses, maladies, insectes, le trio infernal
Une situation locale expliquée par la succession de sécheresses estivales (v. encadré) qu'a connues la région depuis 2015 – "comme pour le boxeur, c'est la répétition des coups qui est à redouter", est-il relevé, constat également dressé par l'Inrae avec les incendies –, par les maladies et les insectes, trois principales causes du dépérissement. "Les feux de forêt et les tempêtes sont un peu secondaires", précise Nathalie Derrière, même s'ils ne sont pas sans impact – ceux des incendies de l'été ne peuvent encore être mesurés –, tant à court qu'à moyen terme. "La nématode du pin, les insectes, sont attirés par les arbres affaiblis", avertit-elle.
Il faut encore compter avec la pression des ongulés sauvages : cerfs et chevreuils (15% de tiges abrouties, frottées ou écorcées en moyenne ; 21% pour le charme) sévissent surtout dans le quart nord-est (où le taux dépasse les 25% dans plusieurs départements), alors que les sangliers (17% de la surface forestière avec fouilles) affectent surtout les forêts de la région sud, de la Corse et de la Sologne.
Une production biologique et une captation de carbone qui se stabilisent
Par rapport au bilan tiré l'an dernier, il existe toutefois des motifs d'optimisme, mesuré. Après avoir fortement baissé (ramenée à l'hectare, -8% entre les décennies 2016-2024 vs 2005-2013), "significativement dans une bonne partie du quart nord-est" de l'Hexagone, la croissance des arbres, et donc la production biologique, se "stabilise", observe l'IGN, avec une production de bois qui atteint 5,32 m3 par hectare.
Autre motif d'espoir, sans doute corrélé, "on n'observe plus, sur une période très récente, d'aggravation de la baisse du carbone forestier", relève Antoine Colin. "Du coup, les projections qui ont été retenues dans la SNBC 3 [qui acte une dégradation du puits de carbone naturel] sont conformes aux chiffres qu'on a aujourd'hui", précise-t-il, tout en invitant à la prudence en raison "d'une incertitude statistique relativement élevée".
"Le bilan annuel est toujours positif. Chaque année [en moyenne sur la dernière décennie], les arbres emmagasinent 10,5 millions de tonnes de carbone supplémentaires malgré ce qui meurt et ce qu'on prélève", relève Nathalie Derrière. Tout en soulignant que cette augmentation se fait effectivement moins importante – elle était de 17,2 millions de tonnes par an lors de la décennie précédente. Sur la dernière décennie, 39 millions de tonnes de CO2 ont été en moyenne séquestrées chaque année par les forêts hexagonales, contre 63 millions de tonnes sur la décennie précédente. Au total, "il y a presque 3 milliards de tonnes de carbone stockées" dans les forêts hexagonales" (la moitié dans les arbres, l'autre dans le sol), enseigne-t-elle. Au passage, elle relève qu'il n'y a "pas d'augmentation des coupes fortes – au moins 90% du couvert coupé. On est à peu près toujours à 60.000 ha par an". Mais là encore, toujours avec de fortes disparités territoriales. "Dans le nord-est notamment, la mortalité et les prélèvements – dont les coupes sanitaires – dépassent la production biologique, entraînant une baisse brutale de stocks de bois et carbone constitués sur plusieurs décennies", note l'IGN.
› De l'importance des sols, qui ne font pas tout pour autantOn sait que les sols font désormais l'objet d'une attention grandissante, tant à Paris qu'à Bruxelles. L'IGN en fournit une nouvelle illustration en mettant en exergue leur capacité "à retenir et à restituer l'eau à la végétation – ce qu'on appelle le réservoir utile", précise Sylvain Mollier, ingénieur en écologie forestière à l'IGN. Une donnée évidemment d'importance "alors que les sécheresses se répètent et s'accentuent". Mauvaise nouvelle, "plus de la moitié de la forêt française se trouve sur des sols à très faible réservoir utile en eau, c'est-à-dire inférieurs à 70 mm" [moins de 70 l par m3 de sol], explique-t-il. Or "ce réservoir utile est un indicateur déterminant pour la croissance forestière et la résistance à la sécheresse", souligne l'expert. Il enseigne ainsi que "les forêts implantées sur des sols à réservoirs utiles extrêmement faibles, comprendre inférieurs à moins de 30 mm, produisent en moyenne deux fois moins de bois que celles situées sur des sols à réservoirs utiles plus élevés". Reste que le réservoir utile ne fait pas tout, puisque l'expert observe que, face au changement climatique, les forêts qui se trouvent sur de très bons réservoirs utiles – supérieurs à 100mm, présentes surtout dans le quart nord-est – voient leur mortalité multipliée par trois alors que celles qui se trouvent sur des sols à réservoir utile extrêmement faible voient leur mortalité "seulement" multipliée par deux. Un "résultat contre-intuitif" qui s'explique par le fait que ces derniers "sont essentiellement présents en zone méditerranéenne, où les forêts sont essentiellement composées d'espèces, comme le chêne pubescent et le chêne vert, résistantes à la sécheresse". À l'inverse, les forêts sur sols à très bon réservoir utile sont composées d'essences moins résistantes à la sécheresse, comme le châtaignier ou le chêne pédonculé. Et même si le sol est propice à la conservation de l'eau, s'il ne pleut pas, le réservoir ne se remplit pas. CQFD. L'IGN souligne par ailleurs que les forêts se situant à moins de 50 m d'un cours d'eau ou d'une zone humide présentent une diversité d'essences plus élevées que celles plus éloignées – 6,2 espèces d'arbres en moyenne sur une placette de 25 m de rayon pour les premières, 4,9 pour les secondes. |